Constitution du Royaume-Uni : des origines à nos jours

 

L’Église d’Angleterre à travers les âges

(à jour au 1er septembre 2017)

par André Émond

(Les chiffres entre parenthèses renvoient à la pagination du document original pour les fins de citation)

 

Plan

Introduction

1.         L’Angleterre sous les rois anglo-saxons (VIe-XIe siècles)

a)         Conversion des peuples d’Angleterre au christianisme

b)         Unification religieuse et politique de l’Angleterre

c)         Rôle politique et juridique de la jeune Église d’Angleterre

d)         Identité des membres du clergé anglo-saxon

2.         Réforme grégorienne de l’Église (XIe-XIIe siècles)

a)         Simonie

b)         Nicolaïsme

c)         Faiblesse de l’Église durant le premier millénaire de l’ère chrétienne

d)         Affirmation par l’Église de son indépendance au second millénaire

3.        Réactions de l’Angleterre à la réforme grégorienne

a)         Refus du roi Guillaume Ier de se soumettre à l’autorité du pape         

b)         Querelle des Investitures sous Henri Ier

c)         Constitutions de Clarendon (1164) sous Henri II

4.        Réforme protestante en Angleterre

a)         Grande Affaire du roi Henri VIII

b)         Mariage d’Henri VIII avec Anne Boylen

c)         Rupture avec Rome

d)         Naissance de l’Église anglicane

e)         Première définition de l’anglicanisme sous Édouard VI

f)          Intermède de Marie Ire

g)         Consolidation du protestantisme sous Élisabeth Ier

5.        Temps des révolutions

a)         Montée du mouvement puritain pendant le règne d’Élisabeth Ier

b)         Signes avant-coureurs des prochains troubles sous Jacques Ier

c)         Renversement de la monarchie de Charles Ier

d)         Restauration avec Charles II

e)         Glorieuse révolution de 1688-1689

6.        Règlement religieux gouvernant le souverain anglais et son Église

a)         Présence du clergé au parlement de Westminster

b)         Pouvoir de légiférer en matière religieuse

c)         Religion du monarque anglais, de son conjoint et de ses héritiers

Conclusion

 

Introduction

(P. 2) L’ancienne province romaine de Bretagne a été envahie et colonisée aux Ve et VIe siècles par des guerriers angles, saxons et jutes, des peuples originaires du nord de la Germanie (l’Allemagne) et de la péninsule du Jutland (Danemark) partageant une même culture[i]. Ils y ont formé entités politiques de taille modeste, qui se sont ensuite regroupées pour constituer de plus grands royaumes aux frontières changeantes : du nord au sud de la Bretagne, il y a eu notamment la Northumbrie, la Mercie, l’Est-Anglie, l’Essex, le Wessex, le Sussex et le Kent.

Les sept royaumes de la future Angleterre se faisaient fréquemment la guerre. Il est vrai que les rois de l’Heptarchie (c.-à-d. les sept royaumes) avaient coutume de reconnaître l’ascendant de l’un d’entre eux sur les autres, mais la fusion de ces royaumes en un seul semblait irréalisable, du moins jusqu’à l’adhésion à une religion commune : le christianisme. Outre son rôle unificateur dès l’implantation des populations germaniques, le christianisme a aussi joué un rôle politique et constitutionnel important tout au long de l’histoire de l’Angleterre. Ses membres, appelés de clercs, pendant longtemps les seuls à pouvoir lire et écrire, faisaient plus que s’occuper du salut de l’âme ; ils ont également conseillé rois et reines et les ont aidés à administrer leur royaume. C’est dans leurs bibliothèques que l’on retrouve, pour l’essentiel, la mémoire originelle de la nation et les sources primaires qui ont nourri cet article.

1.         L’Angleterre sous les rois anglo-saxons (VIe-XIe siècles)

En l’an 596 de notre ère, le pape Grégoire le Grand (pontificat 590-604) a envoyé son serviteur Augustin dans cette île que l’on connaîtra plus tard comme étant l’Angleterre, avec pour mission d’évangéliser ses habitants. Augustin, le futur saint Augustin, avait été une jeune esclave de race angle avant sa conversion à la foi chrétienne et son arrivée à la cour du pontife. Son histoire et celle des débuts de l’Église d’Angleterre nous ont été racontées par le moine Bède en 731[ii].

L’univers religieux des Angles, des Saxons et des Jutes, avant leur conversion au christianisme, avait été peuplé de dieux et de mythes. Nombre d’entre eux servaient d’explications aux phénomènes naturels. Ces païens pensaient que des elfes, nixes et dragons hantaient les forêts, les collines et les vallées. La magie et la sorcellerie faisaient partie de leurs croyances. Woden, Odin pour les Normands, était le dieu de la guerre et le plus grand d’entre eux. Il aurait donné naissance à plusieurs lignées de rois anglo-saxons, du moins ces derniers l’avaient-ils inscrit dans leur arbre généalogique[iii]. L’introduction du christianisme leur a offert les avantages d’une doctrine plus pragmatique : la nature, créée par un Dieu unique, devait servir l’homme ; comme elle n’était pas hantée par des créatures maléfiques, l’homme pouvait conséquemment l’exploiter sans crainte. Certes, les rois anglo-saxons cesseront de prétendre qu’ils descendent des dieux. Mais ils seront reconnus en contrepartie comme les chefs religieux de leur peuple respectif[iv].

a)         Conversion des peuples d’Angleterre au christianisme

Augustin a débarqué sur une petite île au large des côtes du royaume du Kent en 597. Le roi Ethelbert (règne 590-616) en était alors le souverain. Bède nous informe que ce roi était marié à une princesse du royaume des Francs élevée dans la foi chrétienne. Son approche par un envoyé du Saint-Siège devait en être rendue plus facile. Néanmoins, le roi Ethelbert, craintif, leur a demandé de rester dans l’île où il avait débarqué ; il voulait bien le rencontrer, mais à l’air libre, (P. 3) et non dans une maison, afin d’éviter d’être la victime de quelque magie, car la religion chrétienne lui apparaissait encore comme une croyance étrange et sinistre. Il n’a pas voulu adhérer à la foi chrétienne dans l’immédiat. Il y viendra plus tard. Toutefois, convaincu de l’honnêteté d’Augustin, Ethelbert lui a offert l’hospitalité et des terres dans sa ville de Cantorbéry et l’a autorisé à prêcher sa doctrine dans son royaume, sans obliger quiconque à se convertir[v].

Augustin, intronisé évêque vers la fin de l’année 597, a établi le siège de son épiscopat à Cantorbéry, apparemment dans une ancienne église abandonnée datant de l’Empire romain. Parce qu’il ne pouvait continuer seul sa mission, le pape Grégoire l’a élevé à la dignité d’archevêque et chef de l’Église d’Angleterre, puis lui a demandé de nommer douze nouveaux évêques pour différentes régions.

Augustin est mort entre 604 et 609, sa mission inachevée ; en effet, le nouveau roi du Kent, Eadbald, qui n’avait pas été baptisé, pratiquait toujours les rites païens de ses ancêtres. Pourtant, lui aussi y arrivera éventuellement en 616, nous a appris Bède[vi], pour poursuivre son règne jusqu’en 640 en digne chrétien. Son fils entreprendra même la destruction de toutes les idoles du royaume.

La conversion des autres royaumes a été entreprise du vivant d’Augustin. Elle a connu des tâtonnements, voire des reculs, comme dans le nord de l’île en Northumbrie. Dès 601, le pape Grégoire avait décidé qu’un autre archevêque serait choisi pour la Northumbrie et qu’il nommerait à son tour d’autres évêques pour le seconder. Le siège du nouvel archevêché devait être dans la ville de York[vii]. On a attendu quelques années qu’une occasion favorable se présente. Elle arriva en 625.

Cette année, le roi Edwin de Northumbrie a épousé la fille du roi Ethelbert du Kent, une chrétienne comme son père, en promettant de respecter sa religion et même d’envisager sa propre conversion. Le moine Paulin, un compagnon d’Augustin, nouvellement consacré évêque, a alors été envoyé auprès de la reine à titre de confesseur et pour user de son influence auprès d’Edwin.

Pour comprendre la suite, il faut savoir que le royaume de Northumbrie résulte de la fusion de deux autres contrées plus anciennes, la Bernicie et le Deira. Edwin, fils du roi de Deira, avait été contraint à l’exil en Est-Anglie lorsque le roi Ethelfrith de Bernicie a envahi son royaume vers 604. Il reviendra chez lui en 616, tuera Ethelfrith et deviendra le souverain des deux royaumes de Bernicie et de Deira unifiés sous le nom de Northumbrie. Un incident arrivé lors de son exil aurait contribué à la conversion d’Edwin onze ans plus tard.

Car le roi Edwin s’est effectivement converti au christianisme en 627. L’histoire, racontée par Bède[viii], est que le jeune Edwin, pendant ses années d’exil, aurait rencontré un mystérieux visiteur qui l’a assuré d’un retour dans son royaume, s’il promettait en échange d’obéir lorsqu’un homme lui ressemblant se présenterait à lui en donnant un signe convenu. Apparemment, Paulin a eu vent de l’anecdote. Il a prétendu être cet homme et rappelé à Edwin sa promesse pour le convaincre d’épouser la foi chrétienne. Le récit de Bède est invérifiable. La tradition veut cependant qu’Edwin ait considéré sa conversion par Paulin comme le remboursement d’une dette d’honneur pour sa libération et le rétablissement de son règne.

(P. 4) Une propagation rapide, mais superficielle du christianisme a suivi : Paulin, après avoir établi le siège de son évêché à York, a bâti des églises et baptisé sans repos. Cette avancée a brusquement été interrompue avec la mort d’Edwin en 632 et la fuite de Paulin. Le retour du christianisme dans le Nord a pris un nouveau chemin, étranger, sinon hostile à l’influence de Cantorbéry et de Rome.

Faisons un autre bref retour en arrière. Quand Edwin est revenu chez lui en 616, Oswald, le fils d’Ethelfrith de Bernicie, a dû à son tour se résoudre à l’exil. Il a trouvé refuge cette fois à l’ouest de l’Écosse, dans les îles Hébrides, au monastère d’Iona pour être plus précis. Ce monastère avait été fondé par le moine irlandais Colomba en l’an 565 de notre ère. Iona a opéré dans une relative indépendance, en marge de la tutelle de Rome et de ses usages. L’humilité et la modestie le caractérisaient. C’est de là, donc par des Irlandais, que la conversion de l’Écosse s’est organisée[ix].

Oswald a été baptisé lors de ce séjour en Écosse, entre 616 et 632. Quand il est revenu conquérir la terre de ses ancêtres, Oswald s’est agenouillé et a promis au Tout Puissant qu’il aiderait ces moines qui l’avaient hébergé lorsqu’il était dans le besoin. Dieu lui a assuré la victoire en 634 à la bataille de Heavenfield (le champ du paradis) et du coup le trône de Northumbrie[x]. Fidèle à sa parole, il a immédiatement demandé au monastère d’Iona de lui envoyer un évêque : Aidan, l’évêque en cause, bâtira son monastère et le siège de son évêché sur l’île de Lindisfarne, au nord-est de la Northumbrie. L’évangélisation de l’Angleterre a conséquemment échappé au contrôle de Cantorbéry et de Rome au profit de Iona. Aidan et ses disciples ont besogné pendant plus de trente ans, jusqu’en Mercie et en Essex, sans établir aucun lien ou communiquer avec les autorités officielles de l’Église.

b)        Unification religieuse et politique de l’Angleterre

Cette division de l’Église d’Angleterre a pris fin lorsque le roi Oswiu de Northumbrie a transféré son allégeance spirituelle de Iona à Rome à l’occasion d’un concile tenu à l’abbaye de Whitby en 663. Les prêtres de son royaume devaient désormais se conformer aux coutumes et traditions de l’Église officielle (bien que cela puisse paraître étrange au XXIe siècle, la détermination du jour où il fallait célébrer Pâques avait été l’un des principaux sujets de désaccord)[xi]. Quoique plus rien ne semblait empêcher la réalisation du plan de Grégoire le Grand concernant l’organisation d’un second archevêché basé à York, on attendra néanmoins l’année 735 avant qu’un premier archevêque soit enfin nommé pour cette région[xii].

Le concile de Whitby a donc permis l’unification de l’Église d’Angleterre sous un seul leadership. Il fallait maintenant décider de son siège permanent. On a pensé à Londres. Mais le souvenir d’Augustin s’est révélé trop fort pour songer sérieusement à déloger le siège de l’Église de Cantorbéry[xiii], un rôle qu’elle a conservé jusqu’à aujourd’hui. En effet, l’archevêque de Cantorbéry occupe toujours la fonction de primat de l’Église d’Angleterre.

Un second concile et le premier de l’Église unifiée s’est réuni à Hertford en Essex au cours de l’année 672[xiv].

L’expérience du Saxon Wynfrid, mieux connu sous son nom chrétien de Boniface, saint Boniface après sa mort, a contribué à forger le sentiment des Anglo-Saxons qu’ils formaient désormais une nation. Boniface est venu à Rome en 718 pour y rencontrer le pape Grégoire II (pontificat 715-731) (P. 5) afin de lui faire part de son ambition d’évangéliser la Germanie de ses ancêtres. Le Saxon en est reparti avec la bénédiction du Saint-Père et un mandat pontifical d’évangéliste[xv]. Certes, quelques missionnaires anglo-saxons l’avaient précédé en Germanie, mais, à la différence de ceux-ci, son entreprise a suscité un immense enthousiasme dans toute l’Angleterre ; des hommes se sont portés volontaires pour l’aider dans sa mission et l’argent est arrivé en quantité[xvi]. C’est à cette époque que les habitants germains de l’Angleterre ont commencé à se distinguer de leurs cousins angles, saxons et jutes qui vivaient toujours sur le continent.

La nouvelle unité de l’Église d’Angleterre, dès 663, en favorisant la prise de conscience de former une seule nation, a pu donner à penser à certains que l’unité politique de toute l’île d’Angleterre était également réalisable[xvii]. On devra, pour cela, attendre l’apparition d’un ennemi commun : cet ennemi sera le Viking, ou le Danois comme les Anglais l’appelait le plus souvent.

C’est vers 865 que les Vikings ont amorcé une guerre de conquête de l’Angleterre. Leurs armées ont ravagé l’Est-Anglie, le sud de la Northumbrie et le nord de la Mercie, où ils se sont établis. On a appelé cette région la terre du Danelaw. Elle a couvert près de la moitié de l’Angleterre actuelle. Seul le Saxon Alfred le Grand, roi du Wessex de 871 à 899, a réussi à les contenir. Après son succès à la bataille d’Edington (Heddington) en 878, il a contraint les Danois à négocier la paix et leur retrait au-delà des frontières du Danelaw[xviii]. Alfred a ainsi mis hors de danger le Wessex, ainsi que le Kent et le Sussex, des territoires déjà incorporés au royaume du Wessex depuis le règne d’Egbert (802-839)[xix]. Une pause de huit ans a suivi avant qu’Alfred ne capture la ville de Londres en Mercie[xx]. Au jour de sa mort en 900, Alfred régnait sur le Wessex (avec le Sussex et le Kent), l’ouest de la Mercie et le nord de la Northumbrie[xxi]. Les Danois occupaient le reste de l’ancienne province romaine de Bretagne. Les héritiers d’Alfred ont conservé un avantage indéniable sur leurs opposants dans les batailles à venir, soit celui d’être les seuls souverains de race indigène. Il a suffi qu’un roi du Wessex libère une terre anglaise du joug danois pour que les habitants se rallient à sa cause[xxii].

La contre-offensive a commencé sous le règne du roi Édouard l’Ancien (règne 899-924) et s’est poursuivie sous Athelstan le Glorieux (règne 924-939), les fils et petit-fils d’Alfred. Ils ont remporté victoire sur victoire et contraint les armées danoises à se soumettre. Athelstan, qui a achevé la réunification de l’ancienne province romaine de Bretagne, a régné sur l’ensemble des peuples anglo-saxons[xxiii]. Il a d’ailleurs frappé des pièces de monnaie à son effigie avec l’inscription rex totius Britania (roi de toute la Bretagne). Il s’est également décrit sur ses pièces et dans ses chartes comme étant le roi des Anglais[xxiv].

Le sentiment d’appartenir à une seule nation, déjà nourri par le moine Bède[xxv], s’est alors répandu parmi les habitants de l’Angleterre[xxvi].

c)         Rôle politique et juridique de la jeune Église d’Angleterre

La royauté dans l’Europe médiévale était une construction politique fragile dont la survie dépendait du maintien d’une bonne entente entre le roi et ses grands vassaux. Un roi qui s’aliénait les plus puissants de son royaume pouvait effectivement tout perdre, autant sa vie que sa Couronne. Il devenait en outre incapable de régner effectivement, autrement dit de faire appliquer ses décisions dans les shires et les villes. Et si ses hommes cessaient de s’entre-aider, de se porter (P. 6) mutuellement secours en cas de menace extérieure, c’est le royaume entier, en perdant la capacité de se défendre, qui courait à sa perte[xxvii].

Il allait donc de soi qu’un roi chrétien associerait éventuellement à son gouvernement les seigneurs de l’Église, les archevêques, évêques et abbés. Le roi anglo-saxon leur a concédé des terres et des aides, le plus souvent près des centres urbains fréquentés par le souverain. En échange, le clergé participait à son gouvernement et lui apportait son soutien dans ses entreprises[xxviii]. Le clergé lui apportait également un surplus d’autorité lors de son couronnement comme roi.

En effet, à l’image du roi des Francs Pépin le Bref (règne 751-768) qui régnait sur l’ouest du continent européen, le roi anglo-saxon, devenu chrétien, a voulu recevoir la confirmation de son titre par les représentants de l’Église[xxix].

Pépin était devenu roi en 751 avec l’appui de la noblesse franque après avoir déposé Childéric III, le dernier souverain de la dynastie mérovingienne. Pépin occupait jusqu’alors la fonction de maire du palais, sorte de Premier ministre qui assurait la direction réelle du gouvernement. Childéric n’exerçait donc plus dans les faits aucune autorité réelle. Certes, Pépin avait ceint la Couronne. Mais quel droit pouvait-il invoquer pour asseoir son autorité ? Qu’est-ce qui empêcherait un autre seigneur plus puissant de lui usurper le trône à son tour ? Le nouveau titre de Pépin souffrait d’un défaut de légitimité. À défaut d’invoquer quelque droit légal, comme une ancienne coutume, il a voulu en appeler à Dieu, autrement dit à une autorité plus haute que celle des hommes. Pour ce faire, Pépin a demandé à ses représentants, les évêques de son royaume, de lui accorder le sacre, une cérémonie au cours de laquelle le souverain recevait la sainte onction : cela consistait à marquer le front du nouveau roi avec de l’huile sainte, le Saint-Chrême, afin de lui transmettre l’Esprit Saint, à l’image des rois d’Israël telle que racontée dans la Bible hébraïque[xxx]. Par l’onction, le roi devenait investi par Dieu de la mission de protéger l’Église. Il acquérait également le droit de gouverner les peuples dont Dieu lui avait confié la charge. Plus qu’un simple seigneur guerrier, un roi consacré devenait législateur et apportait paix et justice dans son royaume.

Les plus anciennes cérémonies de sacre documentées de rois anglo-saxons sont celles des rois Offa de Mercie en 786 et d’Eardwulf de Northumbrie en 796. Elles suivaient de près le sacre des deux fils de l’empereur franc Charlemagne : Pépin Ier et Louis le Pieux[xxxi]. Toutefois, cérémonie du sacre mise à part, il est certain que l’appel à l’autorité divine à l’appui de l’autorité royale a eu lieu bien avant. Le roi Ethelbert du Kent, premier roi chrétien anglo-saxon, aurait affirmé régner par la grâce de Dieu (Dei gratia rex) dès 605[xxxii]. D’autres, fort nombreux, reprendront la même formule ou une autre équivalente lorsqu’ils signeront des chartes et lois pour leur royaume respectif du VIIe au XIe siècle[xxxiii].

Le droit de régner des souverains anglo-saxons leur venait en principe de Dieu. Mais la manière dont ils arrivaient sur le trône avait peu à voir avec le Très Haut. En réalité, une série de facteurs jouaient dans la succession à la Couronne : certes, le roi, de son vivant, pouvait désigner son successeur, normalement un membre de sa famille, mais, dans tous les cas, un candidat à la succession devait éventuellement recevoir l’appui de l’assemblée réunissant la noblesse et le clergé du royaume. C’est lors des réunions de cette assemblée, appelée Witan ou Witenagemot, ce qui signifie l’assemblée des hommes sages, que le clergé, archevêques, évêques et abbés, exerçait (P. 7) collectivement quelque influence lors de la succession et par la suite en cours de règne. On le constate par l’habitude prise par les anciens rois de répéter que leur Witan était coresponsable de la gestion publique pour tout acte d’importance : proclamation de lois ; levée de taxes ; négociation avec des puissances extérieures ; mesure prise pour la défense du territoire ; ou concession de titres fonciers en bookland[xxxiv]. Notons cependant que la composition exacte de cette assemblée ainsi que la fréquence et la durée de ses rencontres dépendaient du bon plaisir du monarque.

C’est seulement en de rares occasions que le roi contredisait l’opinion de son Witan, ne serait-ce que pour le motif invoqué plus haut : la royauté de l’Europe médiévale était une construction politique fragile dont la survie dépendait du maintien d’une bonne entente entre le roi et ses grands vassaux ; leurs avis ne pouvaient donc être fréquemment ignorés sans conséquence. En pratique, le roi anglo-saxon gouvernait donc en consultation avec les grands seigneurs de son royaume. On peut dire du Witan des derniers rois anglo-saxons qu’il était l’ancêtre du Parlement anglais que l’on connaît aujourd’hui[xxxv].

d)        Identité des membres du clergé anglo-saxon

Aucune frontière ne s’élevait entre l’autorité laïque et le pouvoir religieux à l’époque anglo-saxonne. Une fois élu par le Witan et sacré par les représentants de l’Église, le roi incarnait l’autorité divine sur terre ; il devenait, pour son peuple, le représentant de Dieu, le vicaire du Christ.

Le roi conservait de ce fait le dernier mot sur toute question, notamment sur le choix des évêques. Parce qu’il avait pour devoir de protéger l’Église, il acquérait en contrepartie le droit d’en nommer les membres les plus importants. Ce pouvoir ne lui a jamais été sérieusement contesté avant le XIe siècle.

Pourtant, d’après le document Regularis Concordia élaboré vers l’an 970[xxxvi], dont l’objectif était d’uniformiser les règles gouvernant les différents lieux de culte, l’évêque devait être élu par le chapitre (c.-à-d. le collège) des clercs attachés à sa cathédrale. Il s’agissait des hommes sous la responsabilité de l’évêque qui assuraient les fonctions liturgiques dans la cathédrale (rites et cérémonies religieuses). Parfois, un monastère côtoyait une cathédrale et ses moines composaient alors son chapitre. On parlait alors de cathédrales monastiques. Cantorbéry, par exemple, était le siège d’une cathédrale monastique. L’archevêque de Cantorbéry devait donc théoriquement être élu par les moines de son chapitre. Il est possible que cette procédure ait été suivie un temps (les preuves manquent). Mais les archives démontrent que, si cela a été le cas, le roi a repris rapidement le contrôle des nominations en désignant seul le futur évêque. Et seulement par respect des formes prescrites par le droit canon, les clercs du chapitre de la cathédrale entérinaient son choix en votant pour le seul candidat en lice[xxxvii]. C’est ce qui arrivé en 1050 lorsque Édouard le Confesseur, dernier souverain de race anglo-saxonne (règne 1042-1066), a nommé Robert le Français, déjà évêque de Londres, au poste d’archevêque de Cantorbéry[xxxviii]. La lutte pour les élections libres des membres du clergé ne commencera vraiment qu’au lendemain de la mort du roi normand Guillaume Ier, celui que l’on a appelé Le Conquérant (règne 1066-1089).

(P. 8) Non seulement le roi anglo-saxon nommait-il les membres du haut clergé, ceux-ci, et tous les hommes d’Église tant dans les ordres majeurs (c.-à-d. les archevêques, évêques, prêtres et diacres) que dans les ordres mineurs (sous-diacres, acolytes, exorcistes, lecteurs, portiers, chantres et fossoyeurs), relevaient de la juridiction des tribunaux de droit commun, cours de shire et cours de hundred (divisions administratives du royaume), les mêmes qui jugeaient tous les autres habitants. Le roi consacré, pour sa part, parce qu’il incarnait la justice dans son royaume, se réservait le droit de rendre justice au sein de son Witan lorsque les droits d’un grand seigneur laïc ou religieux étaient impliqués. Quel que soit l’importance de sa fonction, archevêque, évêque ou abbé, l’homme d’Église était et demeurait donc avant tout un sujet de son roi.

2.         Réforme grégorienne de l’Église (XIe-XIIe siècles)

Personne en Angleterre, avant le XIe siècle, n’avait pensé aux conséquences de l’hypothèse voulant que le pouvoir du roi lui vienne de Dieu[xxxix]. Car si l’onction avait réellement fait le roi anglo-saxon, celui-ci aurait dû se soumettre à l’autorité de l’Église et de son pape, tout comme le roi d’Israël avait écouté les prophètes et les prêtres. Remarquons cependant, peut-être pour éviter de cet inconvénient, que tous les rois anglo-saxons, suivant en cela la tradition germanique, ont daté leur règne du premier jour de leur élection par le Witan et non de celui de leur consécration[xl]. Pour ceux-ci, la cérémonie du sacre avait conséquemment pour seul effet de leur apporter un surplus de légitimité et non de les transformer en rois. Et pourtant, on se posera à nouveau la question de la soumission du roi à l’Église à l’occasion de la réforme grégorienne de l’Église catholique.

On appelle réforme grégorienne le mouvement de réforme de l’Église amorcée par le pape Léon IX (pontificat 1049-1054) et poursuivie par Nicolas II (pontificat 1059-1061), Alexandre II (pontificat 1061-1073), et surtout Grégoire VII (pontificat 1073-1086) qui lui a donné son nom. Cette entreprise, commencée juste avant la conquête de l’Angleterre par Guillaume de Normandie en 1066, était destinée avant tout à corriger les mœurs du clergé, notamment le nicolaïsme[xli], qui consistait pour un homme d’Église à vivre en couple avec une femme, et la simonie[xlii], soit la commercialisation des fonctions sacrées, particulièrement l’achat ou la vente de charges ecclésiastiques (c.-à-d. l’évêque, l’abbé, le diacre, etc.)[xliii]. Ce sont donc le sexe et l’argent que l’on a condamnés.

a)         Simonie

L’Église a interdit une première fois la vente de charges ecclésiastiques lors du concile œcuménique[xliv] de Chalcédoine (anciennement en Grèce, aujourd’hui en Turquie) en 451. Tout évêque qui ordonnait un évêque, un prêtre, un diacre ou un autre membre du clergé pour de l’argent s’exposait à perdre son rang. Réciproquement, la personne ordonnée devait perdre la dignité ou charge acquise par la corruption[xlv].

La tentation était toujours présente. En effet, les archevêques, évêques et abbés, qui étaient de grands seigneurs au Moyen Âge, géraient les vastes domaines et revenus associés à leur évêché ou abbaye : droits seigneuriaux ; vente de produits agricoles ; loyers des maisons provenant de leurs tenanciers ; dons des fidèles ; et dîme (un dixième des récoltes des paysans de l’évêché ou de l’abbaye). Devenir évêque ou abbé permettait donc d’occuper une position sociale élevée et d’en tirer des revenus conséquents.

(P. 9) On a commodément oublié la question éthique de la commercialisation des fonctions sacrées entre le concile de Chalcédoine et la réforme grégorienne. Des cas célèbres de simonie survenus en France et en Angleterre, durant cette réforme, ont alors retenu l’attention des contemporains : Berthald, archevêque de Besançon (1016)[xlvi] ; Eadred, évêque de Durham (1042)[xlvii] ; et surtout Herbert de Losinga, évêque de Thetford (1091)[xlviii]. Ce dernier, en plus d’acquérir son évêché par la corruption, a poussé l’audace jusqu’à acheter pour son père la charge d’abbé au nouveau monastère de Winchester. Un tel acte de double simonie a choqué la population anglaise. Apparemment pris de remord, Herbert s’est rendu à Rome en 1094 pour y demander pardon au Saint-Père Urbain II (pontificat 1088-1099), qui le lui a accordé. Ce pape ne faisait que suivre l’exemple de Léon IX (pontificat 1049-1054) qui s’était borné à imposer une pénitence aux clercs délinquants[xlix].

Le problème le plus sérieux demeurait le choix de la sanction. Les papes, à cet égard, ont souvent tergiversé. Certes, les premier et second conciles œcuméniques du Latran tenus en 1123 et 1139 ont défendu que l’on ordonne ou promeuve qui que ce soit dans l’Église pour de l’argent. Tout coupable devait être privé de la dignité obtenue[l]. Toutefois, s’il fallait déposer tous les prêtres simoniaques, allait-on également remettre en cause la validité de leurs actions, autrement dit nier toute valeur aux sacrements dispensés par eux ? Cela aurait plongé dans l’angoisse le peuple des fidèles privé des bénéfices des sacrements ainsi obtenus. Pensons aux mourants non baptisés : ils ne pouvaient entrer au paradis, disait la doctrine officielle de l’Église[li]. On comprend alors pourquoi, face à des exigences contradictoires, un certain flou a régné dans la pratique chez le haut clergé[lii].

L’Église a finalement avoué son impuissance à extirper la maladie qu’était la dépravation simoniaque. On craignait même pour l’élection des papes. L’Église a donc réitéré ses condamnations lors de nouveaux conciles, en 1417 pour la nomination des clercs, puis en 1513 pour l’élection du pape, en se disant qu’une plus grande vigilance était de mise[liii].

b)        Nicolaïsme

Déjà, en l’an 325, le premier concile œcuménique de Nicée avait interdit de la manière la plus absolue à tous les membres du clergé « d’introduire auprès d’eux une compagne »[liv]. Certes, le concubinage des diacres et des prêtres, voire leur mariage, a été toléré durant le premier millénaire de l’histoire de l’Église tant qu’il ne causait aucun scandale. Même en cas de violation flagrante et publique, l’Église n’a jamais sanctionné les fautifs. On se disait, somme toute, qu’il était préférable pour un clerc de vivre chaste (sic) en compagnie de son épouse, plutôt que de devenir fornicateur ou, pis encore, d’étreindre d’autres hommes[lv].

Dès son intronisation, le pape Nicolas II (pontificat 1059-1061) a décidé que cette bienveillance n’était plus de mise ; il a voulu mettre fin au mariage et au concubinage des prêtres en 1059 par l’imposition d’une lourde sanction : un prêtre fautif ne pourrait plus administrer les sacrements, ce qui revenait à lui interdire l’exercice de son sacerdoce[lvi]. Guillaume Ier, duc de Normandie et nouveau roi d’Angleterre depuis 1066, était bien disposé envers ce pape qui avait reconnu la légitimité de son droit à la Couronne anglaise[lvii]. Toutefois, Lanfranc, son archevêque de Cantorbéry, devait tenir compte du fait que le mariage des prêtres était une pratique fort répandue en Angleterre et qu’une interdiction absolue causerait de grands désordres. Il a donc préféré faire adopter une législation de compromis par les évêques anglais : le mariage des prêtres serait à (P. 10) l’avenir interdit, mais ceux qui étaient déjà mariés pourraient conserver leur épouse[lviii]. Vingt-six ans plus tard, donc en 1102, son successeur l’archevêque Anselme et ses frères du clergé anglais ont interdit à nouveau aux prêtres de prendre femme ou de la garder, mais cette fois sans prévoir d’exception[lix]. Le premier concile œcuménique du Latran (année 1123) a réitéré l’interdiction du concubinage et du mariage des diacres et des prêtres[lx]. Le second concile œcuménique du Latran (année 1139) entendait les priver de leur office et de leur bénéfice ecclésiastique. Personne ne devait plus assister à leurs messes. En outre, le mariage des clercs fautifs, parce que célébré à l’encontre d’une règle de l’Église, n’était plus considéré comme valide, ont décidé les évêques[lxi].

Pourquoi fallait-il insister sur la règle du célibat et de la chasteté des hommes d’Église ? On désirait prévenir que des prêtres soient accaparés par des tâches familiales. Mais plus important encore, on voulait les empêcher de léguer à leurs enfants leur titre et le patrimoine qui l’accompagnait[lxii].

Le mariage et le concubinage produisent presque toujours des enfants avec le désir de les mettre à l’abri du besoin. Au cours du Xe siècle, les grands seigneurs laïcs d’Europe ont donc réclamé et obtenu des rois que leur fils aîné puisse hériter des titres et terres de leur père défunt, ce qui leur a été accordé presque automatiquement en échange d’un droit de mutation (c.-à-d. un impôt sur les successions), appelé relief, versé au souverain[lxiii]. On a observé une évolution comparable en Angleterre vers la fin du XIe siècle, immédiatement après la conquête normande de 1066[lxiv]. Les seigneurs ecclésiastiques ont bien sûr éprouvé le même sentiment. Eux aussi, à l’instar des seigneurs laïcs, pensaient au sort de leurs enfants. Toutefois, l’interdiction du mariage et du concubinage des prêtres devait les empêcher de transmettre à leur descendance les biens dont ils avaient la garde avant leur décès. Le second concile œcuménique du Latran en a fait une règle du droit canon en 1139[lxv].

Personne ne pouvait plus ignorer l’interdiction faite aux prêtres et diacres de vivre avec une épouse ou une concubine. Et pourtant rien n’y a fait, du moins sur le moment : encore en 1107, le pape Pascal II (pontificat 1199-1118), après avoir constaté qu’une majorité des membres du clergé anglais vivaient toujours avec une épouse, a autorisé l’archevêque Anselme de Cantorbéry d’ordonner leurs enfants (c.-à-d. d’en faire des prêtres), à la condition qu’ils aient été convenablement instruits et d’une conduite irréprochable[lxvi].

Changer les mentalités n’a jamais été aisé. Des années ont passé. Le haut clergé a finalement montré l’exemple ; on ne trouvait pratiquement plus d’évêques ou même d’archidiacres mariés au milieu du XIIe siècle[lxvii]. Lorsqu’il s’en trouvait encore quelque part dans le monde chrétien, le pape Alexandre III (pontificat 1159-1181) les a dénoncés avec force.

Il restait cependant le concubinage, souvent plus discret que le mariage. Alexandre III s’y est également attaqué : en 1179, lors du troisième concile œcuménique du Latran,l a été prescrit que les clercs qui, « par une incontinence notoire, gardent leur concubine dans leur maison, ou bien les mettront à la porte et vivront dans la continence, ou bien seront écartés de toute charge et de tout bénéfice ecclésiastique »[lxviii]. On est revenu sur la question au concile de Bâle en 1435, toujours pour condamner et sanctionner ceux qui vivent « publiquement » en concubinage[lxix]. C’était donc le caractère notoire ou public de la chose qui gênait. En effet, le concubinage ne cessera vraiment jamais durant tout le Moyen Âge. Et l’exemple est venu de haut : les maîtresses (P. 11) du pape Alexandre VI (pontificat 1492-1503) lui ont donné cinq enfants. À l’un d’eux, César Borgia, Alexandre a même donné un chapeau de cardinal[lxx].

Notons par ailleurs que les juges du roi d’Angleterre ont choisi de se conformer à la législation de l’Église et d’en tirer les conséquences dans le domaine séculier. La common law a effectivement cessé de reconnaître quelque valeur au mariage des clercs. Dans un procès de 1202, un dénommé Luc, fils d’Abraham, a perdu le procès dans lequel il réclamait la terre de son défunt oncle Bénédict. Ce dernier était le fils d’un prêtre et conséquemment un bâtard. Et puisque les bâtards ne pouvaient léguer un bien qu’à leurs enfants naturels, prévoyait déjà la common law[lxxi], Bénédict ne jouissait d’aucun droit sur les biens de son oncle Bénédict, a conclu la Cour[lxxii].

c)         Faiblesse de l’Église durant le premier millénaire de l’ère chrétienne

En cas de conflit entre le pape et le roi d’Angleterre, qui devait l’emporter sur l’autre ? Tous reconnaissaient la suprématie de Dieu. Mais il fallait s’entendre sur celui qui serait son interprète sur terre.

Le christianisme a d’abord été une secte d’origine orientale, suspecte aux yeux des empereurs romains, surtout parce qu’elle se voulait une religion à vocation universaliste qui prétendait exclure toutes les autres. Elle fut conséquemment l’objet de persécutions. La dernière a commencé en 303 sous le règne de l’empereur Dioclétien (règne 284-305) et s’est poursuivie au début du règne de Galère (règne 305-311). Ce même Galère, constatant que les persécutions n’éradiqueraient pas la secte (les chrétiens devenaient majoritaires en Orient), a jugé bon d’y mettre un terme : le 30 avril 311, l’empereur a émis un édit de tolérance qui reconnaissait désormais le christianisme comme étant une religion[lxxiii]. L’un de ceux qui se sont disputé le pouvoir à sa mort, Constantin (règne 310-327), s’est converti à la foi chrétienne après avoir vaincu ses ennemis. Le christianisme deviendra par la suite religion d’État sous le règne de l’empereur Théodose Ier (règne 379-395)[lxxiv].

Dans la Rome antique, l’empereur, considéré comme tout puissant après le règne d’Auguste (règne 27 av.-14 ap. J.C.), était le seul dépositaire de la majestas de l’État et du peuple de Rome[lxxv]. Il a exigé de ses sujets d’être vénéré à l’égal des autres dieux. Cela a d’ailleurs été un problème pour les chrétiens qui lui ont refusé cet honneur. L’empereur représentait donc à la foi un pouvoir civil (Imperator) et religieux (Pontifex Maximus) qui ne connaissait pas de supérieur sur terre, encore qu’on s’attendait à ce qu’il respecte les valeurs de la Rome idéale : droiture, probité et bonté[lxxvi].

Les empereurs, une fois convertis au christianisme, ne pouvaient plus prétendre à la divinité. Mais ils n’ont pas cessé pour autant de gouverner le monde religieux[lxxvii]. Les habitudes ont effectivement la vie dure. Ils demeuraient les Pontifex Maximus[lxxviii]. Ces nouveaux empereurs n’étaient pas vraiment théologiens ni philosophes, seulement des hommes de pouvoir. Ils étaient parfois sincères dans leurs croyances, mais la religion devait néanmoins les servir. Si les empereurs romains ont construit des Églises, puis les ont grassement subventionnées, le christianisme devait en contrepartie étendre leur influence et asseoir l’unité de leur empire[lxxix]. Ce sont des empereurs romains, puis des empereurs romains d’Orient qui, jusqu’à la fin du IXe siècle, ont convoqué les évêques en conciles œcuméniques, avec ou sans le concours du pape de (P. 12) Rome[lxxx]. Un usage, commencé avec Jean III (pontificat 561-574), voulait même qu’un pape ne puisse entrer en fonction qu’après la confirmation de son élection par l’empereur[lxxxi].

La chute de l’Empire romain d’Occident en 476 a créé un vide politique dans l’Église, plus ou moins bien comblé par l’empereur romain d’Orient, dont la capitale se trouvait à Byzance (Turquie actuelle). Ce dernier était loin. Sa protection fugace. Un Zacharie (pontificat 741-752) réaliste a été le premier pape, depuis Jean III, à ne pas avoir voulu de la confirmation de son élection par l’empereur. Par contre, les royaumes barbares d’Occident, nouvellement convertis au christianisme, se trouvaient tout autour de Rome. La papauté s’est conséquemment détachée de la tutelle de Byzance pour se tourner vers ces royaumes, à commencer par celui des Francs[lxxxii].

Rome se trouvait menacée en 752. Le nouveau roi Aistulf, un Lombard, dont le peuple était originaire d’Allemagne comme celui des Francs, voulait unifier l’Italie sous sa Couronne. C’est le moment qu’a choisi Pépin le Bref pour demander au pape Étienne II (pontificat 752-757) de légitimer son accession à la royauté. Le pape a saisi l’occasion, allant même jusqu’à venir à la rencontre de Pépin sur ses terres durant l’hiver 753-754. Toutefois, Étienne a exigé en contrepartie la protection du roi franc qui était désormais son obligé, ce qu’il a accepté de bonne grâce. Pépin a vaincu les Lombards, puis a cédé au pape de vastes territoires. Celui-ci se trouvait désormais à la tête d’un véritable État. Une organisation bureaucratique a été mise en place[lxxxiii].

Le pape ne jouissait pas pour autant d’une plus grande liberté qu’avant ; il avait seulement substitué un tuteur franc à son ancien tuteur grec. Charlemagne, fils de Pépin et roi des Francs depuis 768, a refusé de reconnaître le caractère œcuménique du second concile de Nicée (787) convoqué par l’empereur d’Orient Constantin VI (règne 780-797). En réponse, il a convoqué en synode les évêques de son royaume qui se sont réunis à Francfort en 794. Charlemagne a non seulement refusé de reconnaître la suprématie de l’Empire d’Orient, il s’est lui-même présenté comme étant le seul guide du peuple chrétien[lxxxiv]. Couronné empereur d’Occident en 800 par le pape Léon III (pontificat 795-816), Charlemagne s’est occupé de formation et de recrutement du clergé, et a légiféré pour le bien de l’Église en matière de discipline, de liturgie, d’instruction des fidèles et d’administration des sacrements, avec, mais aussi parfois sans l’assentiment des évêques[lxxxv]. Il a donné naissance à la dynastie des Carolingiens.

L’empire de Charlemagne s’est désagrégé peu à peu. Sa partie orientale est devenue le Saint Empire romain germanique en 936 sous le règne d’Otton Ier ou Otton le Grand (règne à titre d’empereur 962-973). Ce dernier avait établi à son tour sa domination sur Rome peu avant, lorsque le pape Jean XII (pontificat 955-964) avait l’appelé en 955 pour devenir à son tour le protecteur de l’Église. Jean XII regrettera bientôt son geste, car Otton se posera en maître de la papauté, à l’image de Charlemagne et des empereurs romains de l’Antiquité. En effet, après avoir rappelé qu’un nouveau pape ne pouvait être consacré qu’après avoir prêté un serment de fidélité à l’empereur, au cours de l’année 962, Otton a déposé le pape Jean XII l’année suivante parce qu’il avait intrigué contre lui[lxxxvi]. Son descendant, l’empereur Henri III (1017-1056), a même procédé à la nomination de quatre papes : Clément II (pontificat 1046-1047) ; Damase II (pontificat 1048) ; Léon IX (pontificat 1049-1054) ; et Victor II (pontificat 1055-1057). C’était pourtant en violation de l’antique règle canonique de l’élection du pape par le clergé et le peuple de Rome qui datait de 533, lorsque le roi ostrogoth Athalaric (règne 526-534) gouvernait l’Italie assisté de sa mère Amalasonte[lxxxvii]. Les choix d’Henri, qui entendait par ses actions favoriser l’entreprise de (P. 13) moralisation de l’Église, reçurent cependant un accueil favorable parmi les partisans de la réforme qui ont passé sous silence ses écarts[lxxxviii].

d)        Affirmation par l’Église de son indépendance au second millénaire

« Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu »[lxxxix], des paroles d’évangile que l’évêque Ossius de Cordoue a rappelé à Constance II (règne 337-361)[xc]. Il dénonçait alors les ingérences de l’empereur dans le domaine de la foi. Ambroise, évêque de Milan, a aussi affirmé avec courage devant Gratien (règne 375-383) que « l’empereur n’a nul droit sur les choses de Dieu »[xci], puis a apostrophé l’usurpateur Eugène (règne 392-394) avec ces paroles : « tout empereur que vous êtes, vous n’en devez pas moins obéissance à Dieu »[xcii].

Les papes, comme ces évêques, ont longtemps rêvé de se libérer de la tutelle des pouvoirs séculiers. Déjà en 494, à une époque où il n’y avait plus d’empereur en Occident, Gélase Ier (pontificat 492-496) a écrit dans une lettre à l’empereur romain d’Orient Anastase Ier (règne 491-518) qu’il s’inquiétait de la situation dépendance et de subordination des évêques. Il a alors ébauché la théorie dite des deux glaives, l’un spirituel détenu par l’Église, l’autre temporel entre les mains de l’empereur. Ce dernier exerçait le pouvoir politique, mais restait soumis aux jugements des évêques pour ce qui concernait la religion. On trouvait donc au sommet de la société chrétienne une dualité des pouvoirs qui devaient collaborer afin d’assurer le salut des hommes, a conclu le pape[xciii]. Son injonction est cependant demeurée lettre morte, au moins durant tout le Haut Moyen Âge (années 476 à 1000 environ).

C’est en 1059 que le pape Nicolas II (pontificat 1058-1061), lors d’un synode tenu au Latran, a remis à jour la théorie des deux glaives, en commençant par une réforme de l’élection pontificale : si les autres clercs et le peuple de Rome conservaient un droit théorique d’approbation, et qu’on y prévoyait de sauvegarder l’honneur dû à l’empereur, le pape serait désormais élu par les cardinaux-évêques[xciv]. Le rôle de l’empereur et de l’aristocratie romaine s’en trouvait évidemment rabaissé. Malgré cette entrée en matière, l’affrontement entre l’empereur et le pape a véritablement commencé avec l’élection de Grégoire VII (pontificat 1073-1085), évoquée plus haut.

Grégoire VII a posé le dogme de la supériorité de sa fonction sur celle des princes. En 1075, il a décrété que ses décisions, considérées désormais comme des lois, devaient être strictement exécutées par tous, sous peine d’être sanctionnées par des peines rigoureuses tels l’interdit, l’excommunication ou la déposition de sa fonction. Le pape se voyait donc désormais comme l’unique législateur universel. Ses compétences, comme il les a interprétées, comprenaient les questions de foi et de morale, incluant les crimes qui leur étaient associés (blasphème, apostasie, hérésie), la pratique religieuse, la gestion du patrimoine de l’Église, le mariage, les héritages, ainsi que, de manière générale, l’interprétation des lois divines (c.-à-d. le droit naturel). Et lui seul pouvait désormais convoquer un concile œcuménique[xcv]. En 1078, Grégoire VII a également défendu aux princes de se mêler du choix des évêques ou des abbés[xcvi], ce qui a donné lieu à la célèbre querelle des Investitures. En résumé, le pape a voulu soustraire les affaires de l’Église de toute ingérence de la part des autorités civiles, mais non nécessairement l’inverse. Il a fait part de ses ambitions aux différents princes, y compris au nouveau roi d’Angleterre, Guillaume le Conquérant[xcvii]. (P. 14)

3.        Réactions de l’Angleterre à la réforme grégorienne

Dans l’année précédant l’élection de Grégoire VII, donc en 1072, Guillaume Ier, bien disposé envers la papauté en raison du soutien d’Alexandre II à sa conquête de l’Angleterre (pontificat 1061-1073), ainsi que favorable au redressement des mœurs du clergé[xcviii], avait déjà mis en place des tribunaux ecclésiastiques distincts afin d’appliquer le droit canon, autrement dit le droit de l’Église catholique[xcix].

Les tribunaux ecclésiastiques avaient notamment juridiction sur le maintien de la discipline à l’intérieur de l’Église et de ses différents ordres religieux. On y jugeait notamment les affaires de simonie, de nicolaïsme et d’hérésie. Les personnes visées incluaient aussi les laïcs lorsque ces derniers enfreignaient les commandements de l’Église. Non seulement pensait-on aux différents péchés qu’étaient l’hérésie, le schisme ou l’absence non motivée du service religieux le dimanche, mais également au refus de verser la dîme et autres redevances dues à l’Église[c]. Le droit canon s’est par la suite développé à vitesse accélérée. Les tribunaux ecclésiastiques ont élargi leur juridiction pour traiter de mariage, d’adultère, de testament, de divorce et de filiation (bâtardise). On y a plaidé des affaires de parjure, parce que le parjure est la violation d’un serment de dire la vérité en prenant à témoin les Évangiles. Ils ont même voulu entendre la plupart des infractions criminelles où des clercs étaient en cause, mais cela a provoqué des frictions avec les premiers rois normands Guillaume Ier, Guillaume II et Henri Ier. Les conflits de juridiction avec les tribunaux du roi étaient effectivement nombreux et inévitables[ci].

a)         Refus du roi Guillaume Ier de se soumettre à l’autorité du pape    

Tout bien disposé qu’il était à l’égard de l’Église, Guillaume le Conquérant n’a pas voulu reconnaître au pape Grégoire VII le droit de s’ingérer dans la gouvernance de l’Angleterre. Sa réponse en 1080, toute diplomatique qu’elle fut, ne devait laisser aucun doute à ce sujet :

[Notre traduction] Votre légat Hubert, très Saint-Père, qui est venu me parler en votre nom, m’a exhorté à vous prêter allégeance ainsi qu’à vos successeurs (…). Je n’ai pas consenti à vous rendre l’hommage (féodal), et je ne le ferai pas davantage maintenant (après à votre lettre), parce que je ne l’ai jamais promis, et je constate que mes prédécesseurs ne l’ont jamais promis à vos prédécesseurs[cii].

Certes, Guillaume Ier a enlevé aux tribunaux des shires et hundreds la compétence en matière religieuse pour la confier à des justices épiscopales. Toutefois, dans le même temps, le roi a pris des précautions afin de contenir l’influence de Rome sur l’Angleterre. Il a notamment décrété que le roi jouissait du pouvoir de déterminer si un pape devait être reconnu par l’Église du royaume, que son accord serait requis pour tout synode tenu sur ses terres, et qu’il jouissait d’un droit de veto sur toute excommunication prononcée par le clergé lorsqu’elle concernait l’un de ses barons ou serviteurs[ciii]. Un prélat convoqué par le pape devait d’abord obtenir l’autorisation du roi avant de se présenter à Rome. Guillaume interdisait également aux légats du pape de parcourir son royaume sans passer par lui[civ].

Et pour mieux s’assurer du respect de ses décrets, Guillaume Ier a renouvelé presque au complet le haut clergé de l’Angleterre, évêques et abbés confondus[cv]. Il était entendu qu’un roi ne pouvait congédier pour les remplacer à volonté les membres du haut clergé. Mais un synode des (P. 15) évêques du pays, par contre, le pouvait[cvi]. Or, le pape Alexandre II, afin de consolider le règne de Guillaume, lui avait envoyé une légation composée de deux cardinaux et un évêque. L’Évêque en cause, Ermanfroi, évêque de Sitten, était même une ancienne connaissance de Guillaume. Ceux-ci ont convoqué deux synodes à Pâques et à la Pentecôte de 1070. Le roi en a tiré le meilleur profit possible : sa purge était en bonne voie au départ des légats en août suivant[cvii]. C’était trois ans avant le décès de son ami Alexandre et l’arrivée du nouveau pape Grégoire VII, beaucoup moins accommodant au goût de Guillaume[cviii].

Dans le système féodal, introduit sinon généralisé en Angleterre par Guillaume Ier, un seigneur qui recevait du roi la possession d’une terre, seigneur que l’on appelait dès lors un vassal du roi ou un tenancier en chef, devait lui rendre en échange un certain nombre de prestations. L’une d’entre elles était de participer à l’effort de guerre à l’appel de son souverain, auquel le seigneur devait répondre en fournissant un certain nombre de chevaliers de 40 à 60 jours par an[cix]. À défaut de remplir son obligation, le vassal risquait la perte de sa terre. Le haut clergé a d’abord été dispensé de tout service militaire. Guillaume se serait cependant ravisé en 1070, selon Roger de Windover, un chroniqueur du XIIIe siècle. En effet, il a demandé et obtenu des évêques et abbés qu’ils contribuent à la défense du pays comme les autres tenanciers en chef[cx]. Cette contribution, fixée arbitrairement par le roi, pouvait aller de quelques hommes à plus de 60 combattants à cheval entièrement équipés[cxi]. Le roi Guillaume s’est ainsi assuré des services d’au moins 780 chevaliers entretenus par le haut clergé. Ceux-ci s’ajoutaient aux quelque quatre milles et plus chevaliers qui étaient fournis par les seigneurs laïcs[cxii].

Après, de plus en plus souvent sous le règne des souverains angevins Henri II (règne 1154-1189), Richard Ier (règne 1189-1199) et Jean sans Terre (règne 1199-1216), le roi d’Angleterre a permis que l’on verse une taxe, appelée écuage (scutage en anglais), en remplacement du service par les chevaliers promis[cxiii]. Il pouvait alors, avec cet argent, payer les salaires d’hommes de troupe qui relevaient directement de lui. Éventuellement, le roi appréciera et même préférera le versement de cette taxe, car les hommes engagés n’entretiendront aucun lien de fidélité avec d’autres seigneurs ; ces mercenaires seront uniquement des hommes du roi.

b)        Querelle des Investitures sous Henri Ier

Changer les mœurs ne suffisait pas ; il fallait aussi changer les hommes. En effet, comment l’Église pouvait-elle s’assurer de la probité de son haut clergé si elle n’en contrôlait pas les nominations.

Le contrôle des nominations au clergé, appelées investitures, était un autre ancien rêve de l’Église. Dès le premier concile œcuménique tenu à Nicée en l’an 325, les évêques réunis ont cru bon de préciser qu’il était « plus convenable » qu’un évêque soit établi par les collègues de sa province ecclésiastique, sous l’autorité de l’évêque métropolitain (le primat de l’Église dans un pays)[cxiv]. Ce qui était préférable est devenu une règle absolue du droit canon lors des conciles œcuméniques de Nicée de 787 et de Constantinople en 869[cxv]. Le ton s’est durci davantage avec le pape Grégoire VII lorsque celui-ci a décrété, lors d’un synode tenu au Latran au cours de l’année 1078 : « Aucun clerc ne doit, sous peine d’excommunication, recevoir de l’empereur, du roi ou d’un laïc quelconque, l’investiture d’un évêché, d’une abbaye ou de quelque autre église que ce soit.[cxvi] » L’interdiction de toute investiture laïque a été réitérée tout au long de son (P. 16) pontificat par Urbain II, d’abord en 1089 (Synode de Melfi), puis en 1095 (Synode de Clermont) et en 1098 (synode de Bari)[cxvii].

Pourtant, nous avons vu plus tôt que le roi d’Angleterre, malgré la procédure instituée par le droit canon, s’assurait de contrôler indirectement les nominations, voire donnait tout simplement des ordres pour que son candidat soit choisi lors des élections.

La dynastie normande qui s’est installée sur le trône d’Angleterre en 1066, tant Guillaume Ier que Guillaume II ou Henri Ier, avait le sentiment bien fondé que le patrimoine de l’Église lui appartenait. Quand l’archevêque Anselme a demandé à Guillaume II, surnommé le Roux (règne 1087-1100), de procéder à des nominations pour des abbayes dont la direction était vacante, il s’est fait répondre par le roi :

[Notre traduction] En quoi cela vous concerne. Les abbayes ne m’appartiennent-elles pas ? Vous faites ce que vous voulez avec vos propriétés, alors que je ne pourrais faire ce que je veux avec mes abbayes[cxviii].

Lorsqu’un homme avait été soit choisi soit élu pour devenir évêque, il était investi dans ses fonctions en suivant un cérémonial qui confirmait le rôle prééminent du souverain. En effet, le candidat devait d’abord passer par le rite de l’hommage dû au roi pour la terre qu’il recevait de lui. Il se présentait à lui tête nue, s’agenouillait, plaçait ses mains dans celles du roi, puis prononçait un serment de fidélité. Il devenait ainsi l’homme du roi. Adoptées en 1164, les Constitutions de Clarendon parleront des terres reçues directement du roi par les archevêques, évêques et autres membres du clergé comme étant des baronnies ou des fiefs de baronnie. Les bénéficiaires des largesses royales, était-il précisé, devaient conséquemment observer les coutumes applicables, notamment les obligations féodales encourues par tous les barons envers leur roi, incluant le service militaire[cxix]. Ce même argument avait été plaidé par l’archevêque Lanfranc en 1088 lors du procès de Guillaume de Calais, l’évêque de Durham, qui avait manqué à ses obligations et s’était vu conséquemment privé de son évêché[cxx].

Le roi remettait ensuite au futur évêque deux objets, les emblèmes de sa charge épiscopale : l’anneau (ring en anglais), symbole du mariage de l’évêque avec son diocèse, puis la crosse (staff en anglais), symbole de son obligation pastorale de promouvoir la véritable foi, ce qui comprenait l’obligation de protéger l’Église de ses ennemis intérieurs comme extérieurs, notamment en combattant les hérétiques. La crosse représentait également le pouvoir d’excommunication de l’évêque, une sanction qui mettait un individu hors de l’Église et lui enlevait la protection de Dieu[cxxi].

Pourquoi établir une telle distinction entre les obligations civiles et religieuses des clercs ? Parce qu’elle deviendra bientôt importante pour la résolution de la difficile question de leur investiture.

Les injonctions émises par les papes Grégoire VII et Urbain II interdisant aux empereurs et rois de procéder à l’investiture des prélats ont finalement eu des échos en Angleterre auprès du roi Henri Ier. Ce dernier, dès son arrivée sur le trône, avait invité l’archevêque Anselme de Cantorbéry à revenir au pays après trois années d’exil en France, dans la ville de Lyon. Au lieu de la réconciliation attendue, une dispute a éclaté : Anselme, qui a invoqué le droit canon, a refusé de lui prêter le serment ordinaire de vassalité et de recevoir de la main du roi son (P. 17) archevêché[cxxii]. Une négociation s’ensuivit avec les autorités religieuses ; le roi Henri, qui avait besoin du soutien papal pour conquérir la Normandie alors en possession de son frère Robert, était enclin au compromis. En 1106, avec l’aide de la sœur du roi, la comtesse Adèle de Blois, un concordat a été négocié avec l’aval du pape Pascal II (pontificat 1199-1118). En vertu de celui-ci, Henri pouvait toujours exiger l’hommage des prélats pour leur fief de baronnie, mais renonçait à l’investiture religieuse par la remise de la crosse et de l’anneau qui devait suivre. Il reconnaissait également le droit de l’Église d’élire librement ses évêques et ses abbés, tout en se réservant celui d’être présent lors des élections et d’y intervenir en cas de contestation ou de malversations. Cet accord a été confirmé à Londres l’année suivante à l’occasion d’une rencontre réunissant la noblesse du royaume[cxxiii]. Il servira de modèle au concordat de Worms qui sera conclu en 1122 entre le pape Calixte II (pontificat 1119-1124) et l’empereur romain germanique Henri V (règne 1111-1125)[cxxiv].

Les concordats de Londres et de Worms devaient mettre un terme à la querelle des Investitures. Néanmoins, il y aura encore des incidents, comme celui qui opposa Jean sans Terre (règne 1199-1216) au pape Innocent III (pontificat 1198-1216).

c)         Constitutions de Clarendon (1164) sous Henri II

Depuis Guillaume le Conquérant, il se trouvait donc en Angleterre des tribunaux ecclésiastiques responsables de veiller au respect des règles du droit canon, c.-à-d. le droit de l’Église romaine.

Toutefois, la juridiction des tribunaux de l’Église demeurait mal définie. La ligne de démarcation entre les mondes temporel et spirituel n’était pas toujours facile à tracer.

On y allait souvent au cas par cas, notamment lorsque des clercs étaient accusés de crimes. En effet, quelques membres du haut clergé se sont plaints d’avoir à répondre de leurs actes devant les tribunaux réguliers et ultimement devant la justice du roi[cxxv]. Mais était-ce la règle ou une pratique négociée à la pièce entre le roi et les prélats ? Un commentateur anonyme du XIIe siècle a prétendu que ces cas représentaient l’exception[cxxvi]. On l’ignore en réalité, car les archives sont pauvres. Peut-être que les hommes de loi de l’époque n’avaient pas encore d’opinion ferme sur cette question ! La difficulté, comme nous l’avons vu plus tôt, est que les membres du haut clergé possédaient des droits et encouraient des obligations à la fois en tant que seigneurs laïcs et hommes d’Église[cxxvii].

L’incertitude n’étant certainement pas au goût des archevêques, évêques et abbés d’Angleterre, ils ont saisi l’occasion du couronnement du roi Étienne (règne 1135-1141) pour mettre les choses au clair. En effet, ce dernier, neveu du roi défunt, était monté sur le trône en multipliant les promesses aux grands seigneurs du royaume, dont les prélats, parce que la Couronne aurait dû normalement échoir à sa nièce et seule descendante d’Henri Ier, la princesse Mathilde. L’un des engagements d’Étienne était la reconnaissance des droits de l’Église, incluant la juridiction exclusive de ses tribunaux sur tous les clercs dans toutes les situations, même lorsqu’ils commettaient des crimes. Un Étienne fragilisé par son défaut de légitimité ne pouvait refuser. Sa charte, émise en 1136, se lisait donc ainsi (P. 18) :

[Notre traduction] Je, Étienne, autorise et reconnais que l’autorité et la juridiction sur les membres de l’Église et sur les clercs avec leurs propriétés, ainsi que les cessions de biens ecclésiastiques, doivent revenir aux seuls évêques[cxxviii].

Les clercs visés incluaient pratiquement tous ceux qui savaient lire et écrire[cxxix]. Et ils étaient fort nombreux : au XIIe siècle, les clercs (archevêques, évêques, prêtres, diacres, sous-diacres, acolytes, exorcistes, lecteurs, portiers, chantres et fossoyeurs) comptaient pour près d’un sixième de la population totale de l’Angleterre, selon un auteur[cxxx]. Tous se trouvaient désormais soustraits aux règles de la common law et à la juridiction des tribunaux de droit commun, cours de shire, cours de hundred et cours d’honneur[cxxxi], avec pour conséquence que l’auteur d’un crime pouvait parfois subir un châtiment différent selon qu’il était clerc ou laïc. Chez les laïcs, en effet, l’homicide, l’incendie volontaire, le vol avec violence (robbery), le viol et la fraude étaient punis de mort ou d’amputation de membres[cxxxii]. Les clercs, pour les mêmes crimes, devaient faire pénitence. Ils recevaient parfois la flagellation ou étaient suspendus de leurs fonctions. Au pire, on les frappait d’excommunication, ce qui en faisait des parias sociaux[cxxxiii]. Il n’était donc pas surprenant que des Anglais en aient éprouvé très tôt un sentiment d’injustice. Il se fera sentir avec plus d’acuité lors du règne du successeur d’Étienne : le roi d’Henri II.

Le règne de six ans d’Étienne avait été une période agitée, voire un véritable chaos : guerre de succession entre les alliés d’Étienne et ceux de Mathilde ; empiétements sur le territoire anglais aux frontières par des armées écossaises et galloises ; et constructions anarchiques de forteresses par des seigneurs qui revendiquaient leur autonomie face au roi. Arrivé sur le trône, Henri II (règne 1154-1189) a choisi comme programme de gouvernement de remettre le royaume en ordre. Son objectif avoué, dès son couronnement, a été de protéger l’héritage de son grand-père Henri le Premier, en oubliant le règne désastreux d’Étienne[cxxxiv]. Toutefois, quand le roi a voulu s’engager dans une réforme, ou une clarification de son point de vue des coutumes visant l’Église, il s’est heurté à l’opposition de l’archevêque de Cantorbéry, Thomas Becket.

Les parents de Becket, de prospères marchands normands, avaient émigré en Angleterre quelques années avant sa naissance, vers 1118. Becket avait acquis une formation de clerc sans toutefois avoir été ordonné prêtre. Il était brillant et son jugement semblait sûr. L’archevêque de Cantorbéry Théobald l’avait pris à son service pour le nommer archidiacre. C’est le poste qu’il occupait au moment où Henri II en a fait son chancelier, probablement en 1155. Becket a été plus qu’un simple ministre. Pendant les sept années passées aux côtés du roi, il est devenu son confident, voire son ami. Lorsque le siège de l’archevêché de Cantorbéry est devenu vacant, en 1162, Henri a naturellement pensé à lui pour l’occuper. Le nouvel archevêque serait un allié sûr pour achever sa construction politique, pensait Henri. Ce dernier a donc désigné Becket comme son candidat à l’élection et les membres du chapitre de l’archevêché ont obligé le roi en confirmant son choix. Mais Henri n’avait pas prévu que son élévation transformerait Becket : une véritable métamorphose. Après avoir coiffé sa mitre, ce chapeau réservé aux évêques, le nouvel archevêque s’est fait le défenseur le plus acharné des droits de l’Église d’Angleterre, mis en danger, croyait-il, par les actions du roi. De son côté, Henri s’est senti personnellement trahi par l’opposition de son ancien ami, considéré comme un ingrat.

L’élément déclencheur de la crise comme de la volonté du roi Henri II d’y trouver une solution définitive a été un banal incident. Des juges royaux ont voulu traduire devant leur cour un prêtre accusé de viol et d’assassinat. Becket leur a enlevé l’accusé pour qu’il soit jugé par ses soins. (P. 19) L’archevêque aurait été dans son droit, au moins depuis la charte émise par le roi Étienne en 1136. Pour toute punition, le prêtre, après avoir été reconnu coupable, a été battu de verges et suspendu de ses fonctions ecclésiales. Cette punition a semblé dérisoire aux yeux de la population. Profitant de l’indignation générale, Henri II, en 1164, a convoqué la noblesse du royaume au château de Clarendon, dans le comté du Wiltshire, pour lui faire adopter une loi connue depuis comme étant les Constitutions de Clarendon[cxxxv].

Les Constitutions de Clarendon reconnaissaient aux juges royaux le droit de convoquer les clercs pour toute infraction dont ils étaient accusés lorsqu’elle relevait de la compétence de la cour du roi. Si l’affaire relevait plutôt de la compétence des tribunaux ecclésiastiques, les juges du roi pouvaient s’y présenter afin d’observer le déroulement des procédures. Un clerc reconnu coupable ou qui confesserait sa faute cessait immédiatement d’être protégé par l’Église[cxxxvi]. Les juges du roi pouvaient alors s’en saisir pour le punir conformément au droit commun du royaume. En pratique, cela signifiait la mutilation ou l’exécution du coupable[cxxxvii]. Les appels à Rome de décisions de justice se voyaient également interdits sans la permission du roi[cxxxviii].

Henri II a défendu sa loi comme un simple rappel du droit coutumier au temps de son grand-père Henri Ier. Avait-il raison ? Là était tout le débat[cxxxix].

Les Constitutions de Clarendon ont fait des mécontents, à commencer par l’archevêque de Cantorbéry, Thomas Becket, qui tenait obstinément aux progrès réalisés par l’Église sous le règne d’Étienne. L’archevêque, pris par surprise, a d’abord refusé de donner son accord, puis a cédé. Il s’est immédiatement reproché sa faiblesse et est entré en rébellion ouverte contre le roi. Henri, exaspéré, a décidé de briser l’archevêque. Il l’a fait accuser par sa Cour de détournement de fonds, mais Becket a réussi à se soustraire à sa juridiction en faisant appel à la justice du pape, ce que les Constitutions de Clarendon cherchaient justement à éviter. Craignant pour sa vie, Becket s’est exilé en France où il est demeuré pendant six ans, donc jusqu’en 1170. Henri lui a permis de revenir en Angleterre aux termes d’un accord entre eux garantissant la sécurité de l’archevêque. Sitôt Becket arrivé sur le sol anglais, le 1er décembre 1170, le roi lui a cependant infligé un dernier camouflet en faisant couronner son fils Henri le Jeune par l’archevêque d’York, un privilège normalement réservé au primat de l’Église d’Angleterre, autrement dit à l’archevêque de Cantorbéry. Becket en est devenu furieux. L’archevêque, du haut de sa chaire dans la cathédrale de Cantorbéry le jour de Noël, a excommunié et promis aux géhennes de l’enfer pratiquement ceux qui lui avaient causé du tort. Henri a prononcé ces paroles malheureuses devant ses fidèles après avoir appris la nouvelle : « Quoi, parmi tous ces lâches que je nourris, aucun n’est donc capable de me venger de ce misérable clerc ! ». Quatre chevaliers ont interprété littéralement les paroles d’Henri. Avec une rare violence, ils ont assassiné Becket dans sa cathédrale, le 29 décembre 1170[cxl].

Henri désirait probablement la mort de Becket, mais certainement pas son assassinat. Toute la société anglaise et au-delà le monde chrétien ont été horrifiés par cette lâcheté. Henri a pris peur à son tour et s’est réfugié en Irlande pendant six mois avec son armée. En fin politique, le roi a vite compris les implications du meurtre de l’archevêque dont la réputation avait encore grandi par le récit entourant son décès. Le sentiment, parmi la population anglaise, était désormais que les Constitutions de Clarendon devaient être enterrées avec l’archevêque martyr. Becket aurait ainsi remporté une victoire posthume sur son roi en même temps que la sainteté[cxli]. Henri II n’a pas voulu les détromper, sans toutefois renoncer à toutes ses demandes.

(P. 20) En mai 1172, au retour du roi Henri II dans ses terres de Normandie, un compromis a été arrêté avec le pape Calixte III (pontificat 1168-1178) qui évitait à tous de perdre la face : on l’a appelé le compromis d’Avranches, du nom de la ville où il a été négocié. Le texte original a été perdu. On sait néanmoins que Henri n’a pas abrogé les Constitutions de Clarendon. Il a uniquement renoncé à l’application des nouvelles règles préjudiciables à l’Église et à la papauté qui auraient été adoptées sous son règne. Or, Henri prétendait que sa loi innovait peu ou pas du tout[cxlii]. On revenait donc au point de départ, soit le souhait exprimé publiquement par Henri II de faire respecter les anciennes coutumes en vigueur au temps de son grand-père Henri Ier, avec toute l’ambiguïté que cette politique comportait.

D’après Jean le Breton, évêque de Hereford, juge du roi Édouard Ier (règne 1272-1307) et auteur d’un traité de droit composé plus d’un siècle après la mort de Becket, on sait néanmoins que la compétence des tribunaux ecclésiastiques comprendra bientôt les questions purement spirituelles, la sanction des péchés, les testaments, le mariage, la bâtardise, la bigamie, ainsi que les crimes de félonies (infractions graves) commis par les clercs. Leurs jugements, toutefois, ne pouvaient condamner une personne à rendre un bien ou à verser une somme d’argent, à moins de porter sur une question relative au mariage ou à l’exécution d’un testament[cxliii].

Le succès des Constitutions de Clarendon aurait transformé l’Angleterre en un véritable État et son roi serait devenu un souverain à part entière, car, pour être souverain sur le sol anglais, au sens moderne de ce terme, le roi devait écarter tout pouvoir concurrent à celui de son gouvernement[cxliv]. Il fallait donc que l’Église d’Angleterre cesse d’opérer de manière indépendante.

Jean sans Terre (règne 1199-1216) confirmera le recul de son père Henri II en signant la Magna Carta de 1215, dont l’article 1 garantissait la liberté de l’Église d’Angleterre, ce qui voulait dire, dans les faits, qu’elle se gouvernerait sans intervention du roi ou de ses barons[cxlv].

Le statu quo devant les cours de justice s’est poursuivi durant les XIIIe, XIVe et XVe siècle, jusqu’au règne du second monarque de la dynastie des Tudor, le roi Henri VIII (1509-1547). Entretemps, les archevêques, évêques et abbés se sont également vus reconnaître le droit de siéger au parlement naissant, aux côtés des comtes et autres hauts barons d’Angleterre.

D’où venait le parlement ? Un roi du Moyen Âge a toujours gouverné en consultant régulièrement son aristocratie, avons-nous écrit plus haut. Assister à de telles rencontres était à la foi un droit et un devoir pour les participants. On y festoyait, conversait, présentait des pétitions, concédait des terres, légiférait et tenait des procès. C’était le moment privilégié pour prévenir ou résoudre des conflits et apaiser les tensions sociales. Quand le roi s’est trouvé incapable de rencontrer les Grands lors de tournées dans son royaume, ces derniers ont dû se déplacer pour rencontrer le roi. Ils se sont d’abord vus dans les villes et villages du sud de l’Angleterre. Les Anglo-Saxons avaient donné le nom de Witan ou Witenagemot à ces rencontres, ce qui signifie les sages ou l’assemblée des sages. On les a rebaptisées parlement, de manière anecdotique et informelle à partir des années 1170s[cxlvi], puis régulièrement après 1236 lorsque ce terme est apparu pour la première fois dans un bref judiciaire d’Henri III[cxlvii]. Le parlement anglais s’est réuni en de multiples lieux à ses débuts, tout comme l’ancien Witan, mais de plus en plus souvent dans le village et au palais de Westminster, là où le roi Henri II a établi le siège de son gouvernement vers 1176. Ces rencontres des plus importants seigneurs du royaume, auxquelles (P. 21) des élus des communes se sont graduellement ajoutés au cours du XIIIe siècle, ont pris dès lors un caractère plus institutionnel[cxlviii].

4.        Réforme protestante en Angleterre

L’histoire du moine Martin Luther se passe d’une longue introduction. Rappelons néanmoins ses grandes lignes[cxlix]. Luther, fils d’un paysan aisé, est né le 10 novembre 1483 dans l’est de Wittemberg, capitale de l’ancien électorat de Saxe en Allemagne. Le jeune Martin a poursuivi de brillantes études : formation générale, droit, puis théologie. Après avoir prononcé ses vœux comme moine, il a complété un doctorat en 1512. Enseigner la doctrine officielle de l’Église catholique semblait sa seule vocation.

Toutefois, la vision de la théologie de Luther a évolué avec sa visite de la ville de Rome en 1510. Il en est revenu révolté de la manière dont l’Église moyennait en argent sonnant les grâces acquises par le Christ, la Vierge Marie et les saints. Celle-ci, constata Luther, échangeait des indulgences plénières contre le paiement d’une obole afin de sauver les âmes d’un séjour au purgatoire, une sorte de remise de peine céleste qui récompensait la générosité des fidèles. Luther se réfugiera dans sa cellule pour répondre à l’Église en publiant ses 95 Thèses. Il y a dénoncé les erreurs du Vatican, à commencer par l’idée que l’on puisse trouver le salut en achetant des indulgences. Pour Luther, la justice divine s’exerce gratuitement, par amour, sans égard à nos actions sur terre ; on n’achète pas la grâce de Dieu comme une marchandise, a-t-il résumé[cl]. Une légende veut que les 95 Thèses de Luther aient été placardées sur les portes de l’église de Wittemberg. Leur publication le 31 octobre 1517 aurait marqué les débuts de la réforme protestante.

Le cœur de la réforme protestante est que la vérité de la foi se trouve uniquement dans la Bible. Il n’est nul besoin de guides, qu’ils soient prêtres ou évêques, pour trouver le salut éternel, car les institutions ecclésiastiques peuvent également se tromper. Luther a soutenu que le pape était un homme faillible comme les autres[cli].

L’Église de Rome reconnaissait et reconnaît toujours l’existence de sept sacrements : le baptême ; la confirmation ; la Sainte-Cène (l’eucharistie) ; la réconciliation (la confession) ; le mariage ; l’ordre (l’ordination) ; et le sacrement des malades (dont l’extrême onction pour les mourants). D’après Luther, il n’y aurait que deux sacrements à retenir : le baptême et l’eucharistie. L’eucharistie se pratique cependant de manière différente, car le protestant communie sous les deux espèces que sont le pain et le vin. Luther a également récusé la conception scolastique de la transsubstantiation, soit l’idée que le pain et le vin se transforment pour devenir littéralement le corps et le sang du Christ, en ne conservant que leur aspect extérieur, autrement dit leur apparence. Le protestant croit plutôt que le corps et le sang du christ sont substantiellement présents dans le pain et le vin, mais que le pain et le vin demeurent ; les deux espèces coexisteraient donc avec le corps et le sang du Sauveur, tout comme « le Christ est à la fois vrai Dieu et vrai homme »[clii].

À Londres, en cette année 1521, on brûlait les ouvrages de Martin Luther. Il était dangereux de lire ces livres que l’Église catholique avait mis à l’index, parce que l’accusation d’hérétique pouvait conduire au bûcher les personnes reconnues coupables. Henri VIII d’Angleterre (règne 1509-1547), qui venait de rédiger un ouvrage de circonstance : la Défense des sept sacrements, (P. 22) publiée contre Martin Luther[cliii], était l’un de ceux qui entretenaient les flammes de l’intégrisme religieux. Henri défendait alors l’indissolubilité du mariage, la primauté du pape, et condamnait toute tentative de schisme.

Henri VIII espérait que sa défense zélée du dogme catholique officiel lui mériterait une récompense. Les rois de France et d’Espagne portaient bien les titres flatteurs de Très Chrétien et Très Catholique. Pourquoi le roi d’Angleterre n’aurait-il pas aussi droit à un titre soulignant son importance dans l’Église ? Le pape a acquiescé officiellement dans une bulle datée du 11 octobre 1521[cliv]. Henri serait désormais reconnu comme étant le Défenseur de la foi. Ce titre, abandonné par sa fille Marie Ire (règne 1553-1558), puis repris par son autre fille Élisabeth Ire (règne 1558-1603), est aujourd’hui porté par la souveraine du Royaume-Uni, la reine Élisabeth II (règne 1952-aujourd’hui)[clv].

a)         Grande Affaire du roi Henri VIII

Henri VIII avait épousé Catherine d’Aragon en 1109, la femme de son frère Arthur mort en 1502 et aussi la tante de l’empereur romano germanique Charles V ou Charles Quint (règne 1519-1558). Ce mariage a pu se faire grâce à l’obtention d’une dispense du pape Jules II (pontificat 1503-1513), car le droit canon interdisait normalement aux hommes d’épouser leurs belles-sœurs.

En 1525, après 16 ans de mariage, Henri n’avait toujours pas d’héritier mâle, seulement une fille, Marie, la future reine Marie Ire. Catherine d’Aragon avait maintenant 42 ans. Et on lui accordait peu de chances d’enfanter à nouveau. Henri commença alors à méditer les paroles bibliques du Lévitique, prophétiques à ses yeux : « Si un homme prend la femme de son frère. C’est une impureté ; il a découvert la nudité de son frère : ils seront sans enfants. »[clvi] Épouser la femme de son frère revenait à commettre l’adultère. Ses scrupules à propos d’un mariage comme le sien auraient été sincères. Vers 1522-1523, Henri les aurait exprimés à son confesseur, John Longland, bien avant de tomber amoureux d’une autre femme[clvii]. Ce roi de la maison des Tudor désirait ardemment la naissance d’un héritier mâle. Il croyait donc que Dieu l’avait puni pour son péché[clviii]. Peut-être lui fallait-il demander l’annulation d’un mariage qui n’aurait jamais dû être !

Il faut parler ici d’annulation et non de divorce pour caractériser la procédure envisagée. Un divorce marque la fin d’un mariage valide et ne possède pas d’effet rétroactif. Le droit canon ignorait et ignore encore le divorce. Henri VIII ne pouvait donc divorcer pour envisager un remariage catholique. Toutefois, lorsque les circonstances s’y prêtaient, une annulation demeurait possible. Les papes trouvaient assez facilement une cause d’annulation lorsque le demandeur portait une couronne comme Henri. Annuler un mariage consiste à déclarer qu’un mariage était invalide ab initio, c’est-à-dire depuis le début, comme s’il n’avait jamais existé. Un mariage invalide ne produisant aucun effet légal à cette époque, les enfants issus d’une telle union étaient considérés comme illégitimes, des bâtards disait-on alors.

La question du mariage du roi est devenue plus pressante pendant l’année 1525, lorsqu’Henri a rencontré Anne Boylen, une petite femme brune de 18 ans qui avait séjourné à la cour de France de 1519 à 1522. Le roi en est tombé follement amoureux. Deux ans plus tard, en 1527, sa décision était prise : son mariage devait être annulé, ce qui lui permettrait d’épouser Anne. Son espoir était qu’elle lui donne enfin un fils. Henri a demandé à son ministre le cardinal Wolsey d’arranger l’affaire. Il fallait pour cela obtenir à nouveau l’aval du pape. Le problème, auquel (P. 23) Wolsey a été confronté, était que les États pontificaux se trouvaient depuis peu sous le contrôle de Charles Quint. Clément VII (pontificat 1523-1534), captif dans le château Saint-Ange (Castel Sant’Angelo pour les habitants de Rome), ne pouvait donc agir sans l’accord de cet empereur dont il était l’otage et qui le restera jusqu’au départ des Espagnols, en février 1528. Même après, le pape a continué de craindre davantage l’empereur que le roi d’Angleterre. Or, Charles Quint ne souhaitait pas qu’Henri VIII annule son mariage avec Catherine et qu’il répudie du coup Marie, la tante et la nièce de l’empereur. L’affaire s’annonçait mal. Sans surprise, Wolsey n’a pu satisfaire son roi. Le cardinal, déchu de son poste à la suite d’autres déconvenues, terminera ses jours en prison le 29 novembre 1530[clix].

Henri VIII avait peu de goût pour l’administration. Il lui fallait un autre ministre, un homme doué qui pourrait résoudre son affaire dans le sens voulu. Henri l’a trouvé en Thomas Cromwell, anciennement au service du ministre déchu Wolsey. D’humble origine, Cromwell s’est formé par des voyages à un très jeune âge : il a visité les Pays-Bas, la France et l’Italie, un pays où il est retourné à plusieurs reprises par la suite. On sait qu’il y a appris le commerce ainsi que le métier de soldat, en plus de s’intéresser aux idées de la réforme protestante. Cromwell a fréquenté les écoles de droit à son retour en Angleterre pour y exercer la profession d’avocat. Doté d’une fabuleuse mémoire, il parlait couramment l’anglais, le français, l’italien et le latin, un peu d’espagnol et aussi d’allemand. C’était, en résumé, un des hommes les plus brillants et cultivés de sa génération[clx].

b)        Mariage d’Henri VIII avec Anne Boylen

Thomas Cromwell a trouvé la solution à la Grande Affaire d’Henri VIII au cours de l’année 1533. Au printemps, à la troisième session du parlement qui sera plus tard connu sous le nom de Parlement de la réforme, Cromwell a déposé et fait adopter un projet de loi empêchant les appels à la justice du pape, car seul le parlement pouvait dénouer l’impasse, pensait le ministre et homme de loi. En effet, le roi ne pouvait agir unilatéralement sans provoquer de grands désordres, peut-être même une guerre civile. Il lui fallait donc un appui formel du peuple ou du moins de ses représentants au parlement, d’autant plus facile à obtenir que Rome n’avait aucune prise sur Westminster. Le texte du projet, en se référant en préambule aux histoires et chroniques les plus anciennes et les plus authentiques (sic), a justifié la mesure en déclarant que les rois d’Angleterre avaient depuis toujours été empereurs dans leur royaume, un pouvoir qu’ils n’avaient jamais abandonné. Et Henri était leur successeur. L’ensemble du corps politique, incluant le clergé, lui devait conséquemment obéissance comme au temps des empereurs romains de l’Antiquité[clxi]. Devant les parlementaires, Cromwell aurait invoqué l’ouvrage de Geoffroy de Montmouth écrit entre 1135 et 1138 : Histoire des rois de Bretagne[clxii], qui raconte notamment la légende du roi Arthur en le décrivant comme porteur de la couronne impériale[clxiii]. Son influence littéraire a été considérable. Mais déjà au temps du roi Henri VIII, les historiens sérieux savaient qu’il s’agissait d’une œuvre romanesque, une fiction. Tous les arguments étant bons pour plaire au roi, le génial Cromwell ne s’en est guère préoccupé. Henri, effectivement très heureux, a considéré qu’il vengeait ainsi son aïeul Henri II de l’humiliation subie aux mains du pape Calixte III[clxiv].

Henri Tudor était donc un empereur et l’Angleterre un empire. Ces mots cachaient une nouvelle réalité que l’on avait encore peine à nommer, soit celle de souverain et d’État souverain. La souveraineté, écrira le jurisconsulte français Jean Bodin en 1576, est la puissance absolue de (P. 24) l’État, perpétuelle & supérieure aux lois… »[clxv] Un usage, sanctionné par une loi du parlement[clxvi], s’est imposé à la cour : pareil à l’empereur Charles Quint, on appellera désormais Henri VIII Votre Majesté, alors qu’on disait auparavant Votre Grâce[clxvii]. Nul en Angleterre ne pouvait plus s’opposer à la volonté du roi.

Le 5 avril 1533, un clergé anglais complaisant, convoqué à cette fin, a émis l’opinion que le pape n’avait jamais détenu le pouvoir d’accorder une dispense à Henri VIII qui lui aurait permis d’épouser Catherine d’Aragon, la veuve de son frère décédé. Ce mariage étant illégal, le roi pouvait donc se marier à nouveau[clxviii]. Peu après, le 23 mai, un tribunal ecclésiastique présidé par Thomas Cranmer, l’archevêque de Cantorbéry, concluait dans le même sens, soit que ce mariage avait été illégal dès le début et donc nul et non avenu (null and void)[clxix]. De manière attendue, en respectant la forme d’un décret judiciaire, il ordonnait à Henri de cesser sa relation avec Catherine, ce que le roi, qui ne demandait rien d’autre, avait fait bien avant en épousant Anne Boylen, le 25 janvier 1533[clxx].

Cromwell voulait certainement plaire à Henri VIII. Mais ce n’était pas son seul but. Le ministre était devenu un ardent protestant. Son souhait était donc de poursuivre la Réforme. Il a trouvé de nombreux alliés au sein de la cour, à commencer par la nouvelle reine Anne Boylen, elle-aussi une adepte de la pensée du moine Luther.

c)         Rupture avec Rome

C’en était trop pour le pape Clément VII qui a excommunié Henri VIII le 11 juillet 1533[clxxi]. Le roi n’en avait cure. Il savait la rupture inévitable. Son ministre Cromwell, pour sa part, préparait déjà l’avenir.

En octobre 1530, le clergé anglais s’était fâcheusement compromis en interdisant au parlement d’adopter une loi qui autoriserait l’archevêque de Cantorbéry à agir, dans l’affaire du roi, contre l’avis du pape. Or, le pape, quelques mois plus tôt, avait défendu à Henri VIII de se remarier. Henri VIII a réagi en accusant collectivement les prélats anglais du délit de præmunire. Ce délit, qui interdisait d’obéir aux ordres de souverains étrangers, existait depuis une loi du parlement datant de 1392[clxxii]. De lourdes pénalités étaient prévues pour les contrevenants. Tous les représentants du clergé ont alors pris peur. Au mois de janvier 1531, ils ont ouvert les cordons de leur bourse et promis 100 000 livres pour obtenir le pardon du roi. Henri a également exigé d’eux qu’ils le reconnaissent comme étant le seul protecteur et chef suprême de l’Église d’Angleterre. Cette fois, ils ne lui ont donné satisfaction qu’à moitié, en ajoutant le caveat suivant dans leur réponse datée du 11 février 1531 : « pour autant que la loi du Christ le permet »[clxxiii]. Henri n’a pas insisté. Une loi du parlement a par la suite confirmé l’octroi du pardon aux prélats[clxxiv].

Cromwell voulait désormais pousser son avantage en réaffirmant les prérogatives royales dans le domaine ecclésiastique. L’évêque de Rome, qui exerçait encore un pouvoir indépendant de celui du roi, constituait le principal obstacle. Cromwell a donc cherché à déloger le pape en faisant d’Henri VIII le seul protecteur et le chef suprême de l’Église d’Angleterre, comme cela avait été pensé en 1531, mais sans la restriction « pour autant que la loi du Christ le permet » . Il a proposé à cet effet le projet de Loi sur la suprématie, que le parlement a adopté en 1533[clxxv]. Après le passage d’autres lois mettant fin à toute autorité résiduaire que Rome pouvait exercer sur le territoire de l’Angleterre[clxxvi], Henri a joui de tous les pouvoirs sur son Église. La séparation avec (P. 25) Rome était consommée. S’opposer à la réforme voulue par le roi vous envoyait désormais en prison, sinon à l’échafaud ; ce fut notamment le sort du cardinal et évêque de Rochester John Fisher comme celui de l’ex-chancelier Thomas More, tous deux reconnus coupable de trahison et exécutés en 1535.

De 1536 à 1540, Cromwell a complété son œuvre en procédant à la dissolution des couvents et monastères, environ 800 établissements. Rien ne l’empêchait depuis que le roi en son parlement jouissait de l’autorité souveraine. Cromwell, par l’adoption de deux lois à cet effet, d’abord en 1536, puis en 1539[clxxvii], a enrichi son maître comme jamais ce dernier n’avait osé l’imaginé. Les revenus réguliers de la Couronne ont presque doublé[clxxviii]. Le ministre a commencé par louer les terres confisquées, avant de s’en séparer progressivement pour arrondir les budgets de fin de mois, ceci à un prix correspondant à vingt fois leur revenu annuel. Un quart du sol du royaume, avant la fin du règne d’Henri, a ainsi été sécularisé au profit des grands seigneurs et surtout de la bourgeoisie anglaise, la gentry : gentlemen, officiers du roi, hommes de loi et marchands[clxxix]. Ces derniers s’opposeront par la suite à un retour en arrière.

Tout a pu être réalisé avec une relative aisance en raison de la piètre réputation de ces maisons religieuses parmi la population civile. Lors de visites de ces maisons par l’évêque Alnwick de Lincoln en 1518, celui a constaté qu’on ne respectait plus les règles de saint Benoît : il y a vu ou entendu le désordre, les blasphèmes, l’alcoolisme, le non-respect du devoir d’hospitalité, le refus d’accorder le secours des sacrements aux malades, l’absentéisme lors des services religieux, la dilapidation des biens, le désir d’enrichissement et les injustices dans l’application de la discipline. Au lieu de la prière, les moines s’adonnaient plutôt à des activités séculières telles la chasse et la pratique des sports. On aurait même ajouté une porte secrète donnant accès au dortoir des apprentis moines pour les observer durant la nuit, a raconté l’évêque, qui suggéraient ainsi des jeux sexuels interdits[clxxx]. Les moines étaient désormais l’objet de moqueries, de jalousies, voire de haines. Peu ont donc voulu les défendre contre l’appétit vorace de Cromwell.

Le nord de l’Angleterre, qui souffrait déjà du caractère centralisateur du régime des Tudors, a constitué le principal ilot de résistance aux diverses réformes religieuses. Ses habitants, plus conservateurs, attachés à l’ancienne religion, sont même entrés en rébellion ouverte contre Henri VIII à l’automne 1536, quelques mois après le début de la dissolution des monastères. Cela dit, le mécontentement populaire visait surtout l’hérétique Cromwell et non le roi. Leur lutte a reçu le nom de Pèlerinage de grâce. Dans cette région déshéritée a témoigné Robert Aske, avocat et leader de la rébellion, les moines aidaient toujours les pauvres. Ils entretenaient les routes et les ponts. Leurs établissements servaient d’auberges pour les passants et les bonnes familles y mettaient leurs fils en pension[clxxxi]. Ces monastères, donneurs d’emplois et distributeurs de richesses, étaient donc restés populaires. Henri VIII a écrasé la rébellion et ses chefs ont été pendus dans l’année même.

La dissolution de monastères a eu pour effet immédiat de réduire la représentation du clergé à la Chambre des lords du parlement. 28 abbés des plus grands monastères et le prieur de l’hôpital Saint-Jean de Jérusalem ont reçu des brefs les invitant au parlement de 1529. Plus aucun n’y a siégé lors du parlement de 1540. Les seuls lords spirituels de la Chambre demeuraient les deux archevêques de Cantorbéry et York et 24 autres évêques, incluant les titulaires des nouveaux évêchés créés entre 1540 à 1542. Ils avaient perdu la moitié de leur effectif. Jusqu’à la fin du règne d’Henri VIII, on ne comptera plus que 26 prélats à la Chambre des lords, comparé aux 54 (P. 26) seigneurs laïcs[clxxxii]. Leur influence dans la vie politique anglaise a diminué dans les mêmes proportions.

À l’occasion de la saga entourant l’Affaire du roi, Henri VIII a profondément marqué l’histoire de la Constitution anglaise, non seulement pour sa rupture avec Rome, mais également en déclarant qu’il ne constituait qu’un seul corps politique avec les lords et les communes[clxxxiii]. On parlera désormais du roi en son parlement (the King-in-Parliament). Celui-ci, détenteur de la souveraineté, jouira désormais de la puissance absolue, autant dans les affaires civiles que religieuses[clxxxiv]. Cette idée s’inscrira durablement dans le droit constitutionnel anglais, au point d’en devenir l’un des dogmes à partir du XVIIIe siècle[clxxxv].

d)        Naissance de l’Église anglicane

La Loi sur la suprématie de 1534 a marqué la naissance de l’Église anglicane, quoique l’usage du terme anglicanisme pour désigner un courant doctrinal spécifique attendra le siècle suivant. En effet, les seules particularités de l’Église anglicane, à ses débuts, ont été d’avoir le roi d’Angleterre pour chef suprême après Dieu, et de lui avoir reconnu l’autorité exclusive sur les nominations au haut clergé. Henri VIII n’entendait pas, du moins au départ, changer radicalement l’ancienne religion. Il n’appréciait pas davantage les thèses de Martin Luther ou de son émule française Jean Calvin, surtout depuis les évènements du Pèlerinage de grâce qui l’ont convaincu qu’un retour à un plus grand conservatisme religieux s’imposait[clxxxvi]. Si elle a perdu progressivement une partie de son caractère catholique, l’Église d’Angleterre n’était donc pas devenue totalement protestante pour autant[clxxxvii].

Le 11 juillet 1536, Henri VIII a exposé une première fois sa doctrine religieuse sous la forme de 10 articles[clxxxviii]. On y retrouvait de modestes changements, certes pour se concilier les conservateurs du nord du pays, mais aussi parce qu’ils reflétaient vraisemblablement la pensée intime du souverain. On y a mentionné les trois sacrements du baptême, de la pénitence et de l’eucharistie, sans pour autant nier l’existence des quatre autres, ni contredit la conception scolastique de la transsubstantiation chère à l’Église de Rome. Les Dix Articles n’ont pas condamné le culte des saints et des images, comme l’avait fait Luther. Cependant, l’autorité de l’Écriture sainte y a été rappelée. Une version de la Bible en langue anglaise a d’ailleurs été publiée, puis distribuée dans les églises dès 1539 avec l’accord du roi[clxxxix].

La réforme a tourné court en Angleterre lorsque le Parlement a adopté la Loi abolissant la diversité des opinions[cxc]. Celle-ci, qui condamnait comme félon tous ceux qui auraient osé la contredire, a reconnu ou rétabli les principaux dogmes du catholicisme : transsubstantiation, célibat des prêtres, vœux de chasteté, communion sous une seule espèce (le pain), continuation des messes privées et de la confession auriculaire (entendue par le prêtre). Henri a pris la plume en 1543 pour confirmer sa pensée en publiant un ouvrage connu sous le titre The King’s Book (Le Livre du Roi)[cxci]. Il s’inscrivait dans la continuité de la loi du parlement en réitérant la validité des sept sacrements, tout comme celle des doctrines catholiques sur l’existence du purgatoire et la justification du salut par les bonnes œuvres. Seule différence fondamentale, Henri a rappelé à tous ses sujets qu’il était le chef suprême de l’Église. C’est pourquoi on a souvent résumé l’anglicanisme d’Henri VIII en le qualifiant de catholicisme sans pape, bien que la formule fasse encore polémique[cxcii].

(P. 27) Henri VIII est connu notamment pour le nombre de ses épouses. Nous avons déjà évoqué l’existence de Catherine d’Aragon et de sa fille Marie, la future reine Marie Ire (règne 1553-1558), ainsi que d’Anne Boylen et de sa fille Élisabeth, la future reine Élisabeth Ire (règne1558-1603). Catherine s’était montrée incapable de donner un fils à son mari, ce pour quoi Henri a voulu s’en séparer en annulant leur mariage. Elle serait morte d’un cancer peu après, le 23 mai 1533. Un sort plus cruel attendait cependant Anne. Pour s’en défaire, Henri l’a fait accuser d’adultère, d’inceste et de complot contre sa vie, tous des chefs d’accusation sans fondement. Cela n’a pas empêché Anne d’être envoyée à la Tour de Londres et d’y mourir sur l’échafaud, le 19 mai 1536. Quatre autres épouses l’ont suivie : il y a eu Jeanne Seymour, morte en octobre 1537, 12 jours après avoir accouché du prochain roi Édouard VI (règne 1547-1553) ; Anne de Clèves, répudiée par le roi en juillet 1540, moins de six mois après la célébration d’un mariage non consommé ; Catherine Howard, exécutée pour adultère en février 1542, après seulement 20 mois de vie commune ; et enfin Catherine Parr, dont la chance est d’avoir vu Henri mourir en janvier 1547, trois ans et demi après leur union. Être la femme d’Henri VIII était décidément devenue une occupation à haut risque.

Une première Loi sur la succession[cxciii] en 1534 a déshérité la princesse Marie en la déclarant bâtarde, pour ensuite investir les enfants à naître du mariage d’Henri avec Anne du droit à la Couronne. Une seconde Loi sur la succession[cxciv] en 1536 a déshérité cette fois la princesse Élisabeth en invoquant la même raison, pour ensuite investir les enfants à naître du mariage d’Henri avec Jeanne Seymour du droit à la Couronne. Seymour a effectivement eu un fils, le prince Édouard, qui est devenu l’héritier présomptif. Enfin, après que Catherine Parr, la dernière femme d’Henri VIII, eut réussi à réconcilier le roi avec ses deux filles, le Parlement a adopté en 1543 une troisième Loi sur la succession[cxcv] qui a réintroduit Marie et Élisabeth dans l’ordre de succession, bien que la bâtardise des deux princesses soit restée inscrite dans la loi.

e)         Première définition de l’anglicanisme sous Édouard VI

À la mort d’Henri VIII, son héritier Édouard VI n’avait que neuf ans. Il n’était pas question de gouverner à son âge. Son père avait imaginé un Conseil de 16 régents qui devaient le remplacer, jusqu’à ce que le jeune roi ait atteint l’âge de 18 ans[cxcvi]. Mais son oncle maternel Édouard Seymour ne l’entendait pas ainsi. Le 1er février 1547, il s’est fait nommer protecteur du royaume et seul gardien du jeune roi par le Conseil de régence, organisme dont il a assuré la présidence avant de le remplacer par un nouveau conseil composé selon ses désirs. Devenu maître de l’Angleterre, Seymour, nommé duc du Somerset par son neveu, a alors gouverné avec ses alliés protestants[cxcvii].

Avec un parti protestant au pouvoir, la religion réformée semblait promise à un bel avenir. Somerset a fait annuler toutes les lois anti-hérésie, avec pour résultat que des agitateurs religieux de toute l’Europe ont afflué en Angleterre. Les controverses théologiques teintées de fanatisme se sont multipliées. Tout ce qui était catholique en a souffert. Des églises ont été saccagées, leurs autels détruits, les statuts et les images de saints défigurées.

Thomas Cranmer, archevêque de Cantorbéry depuis la rupture avec Rome en 1533, a senti que le chemin était libre pour faire prendre un tournant résolument protestant à l’Église d’Angleterre. On a introduit l’usage de l’anglais dans le service religieux plutôt que le latin partir de 1547[cxcviii]. Les peintures et vitraux ont rapidement disparu des Églises[cxcix]. Le mariage des prêtres a été (P. 28) autorisé dès l’année suivante[cc]. Au cours de l’automne 1548, Cranmer a arrêté la composition d’une nouvelle liturgie dont il a assuré la diffusion par la publication, en mars 1549, d’un Livre de la prière commune[cci]. L’observance de la nouvelle liturgie n’a pas été laissée au libre arbitre de chacun ; le parlement, qui avait autorisé son adoption dès janvier 1549 dans sa Loi sur l’uniformité[ccii], avait prévu qu’elle devrait être appliquée dans toutes les églises du royaume. Parce que ce premier livre contenait encore trop d’hérésies au goût de plusieurs[cciii], Cranmer a préparé en 1552 un second Livre de la prière commune[cciv], précédée d’une autre version de la Loi sur l’uniformité[ccv]. Selon la doctrine officielle codifiée dans les Quarante-deux Articles[ccvi], possiblement sanctionnés lors d’un synode des évêques tenu à Londres la même année, mais assurément émis par décret royal le 19 juin 1553[ccvii], les Évangiles devenaient la seule base de la foi. Le culte des saints et celui de la Vierge Marie avaient disparu. Il ne restait que deux des sept sacrements du catholicisme : le baptême et l’eucharistie. Le sens donné à l’eucharistie comme le cérémonial de la messe entourant ce sacrement avait toutefois changé. On ne devait plus croire à la présence physique du Sauveur dans le pain et le vin, même dans le sens atténué compris par Luther. Communier était devenu une simple expérience spirituelle avec le Christ[ccviii]. À la différence des catholiques où les fidèles se contentaient toujours de consommer le pain, les protestants anglicans communiaient désormais sous les deux espèces, le pain et le vin[ccix].

Le jeune Édouard VI avait adhéré avec une ardeur juvénile à la religion réformée. Mais rien ne semblait assuré pour les protestants, car le roi était de santé fragile. Tous le savaient condamné dès le milieu de 1552. Or, sa demi-sœur Marie, fille de Catherine d’Aragon, était une catholique à la foi tout aussi fervente. Les protestants craignaient comme la peste son arrivée au pouvoir, avec raison, car les catholiques constituaient toujours la majorité en Angleterre. À la mort d’Édouard, le 6 juillet 1553, ils ont placé sur le trône lady Jeanne Grey, petite-fille de Marie Tudor, la sœur d’Henri VIII. Peine perdue, la malheureuse n’a régné que neuf jours. Marie Ire a été couronnée le 1er octobre 1553[ccx].

f)         Intermède de Marie Ire

Marie n’a pas attendu son couronnement avant de réhabiliter le catholicisme et de s’attaquer aux adeptes de la foi protestante. Dès le 18 août 1553, elle a interdit les prêches dans tout le royaume afin d’éviter tout débordement[ccxi]. Puis elle a convoqué un parlement pour octobre afin d’annuler les lois hérétiques des deux derniers règnes. Marie s’est vite aperçue de sa méprise. En effet, le protestantisme avait réalisé de grands progrès parmi la population, y compris parmi les lords et les députés des communes. Certes, ils ont accepté d’abroger les lois pénales contre les catholiques[ccxii], mais la Loi sur la suprématie de 1534, qui faisait de la reine le chef suprême de l’Église, a été maintenue[ccxiii]. Il y avait donc des limites à ce que le parlement était prêt à accepter, du moins dans sa composition d’alors. Toutefois, le parlement suivant, d’avril 1554, a finalement cédé aux pressions de la reine en faisant revivre les lois sur l’hérésie adoptées lors des règnes de Richard II (règne 1377-1399), d’Henri IV (règne 1399-1413) et d’Henri V (règne 1413-1422)[ccxiv], mais à la condition qu’il n’y ait pas restitution des monastères, car trop de propriétés avaient changé de main pour qu’un retour en arrière soit politiquement envisageable[ccxv]. De nombreux propriétaires catholiques se seraient même opposés à la restitution[ccxvi]. Ces lois sur l’hérésie permettaient l’arrestation, la détention et le châtiment des prêcheurs hérétiques, c’est-à-dire protestants. Elles devaient trouver leur pleine vigueur le 20 janvier 1555. Les premières exécutions commenceront peu après, le 4 février 1555[ccxvii].

(P. 29) Le parlement s’est à nouveau réuni en novembre 1554, cette fois pour abroger toutes les lois religieuses adoptées depuis 1529, comme si la réforme protestante n’avait jamais eu lieu[ccxviii]. La réconciliation avec l’Église de Rome s’annonçait prochaine.

Dans le même temps, Marie Tudor a épousé Philippe II d’Espagne, déjà roi de Naples lorsqu’il a débarqué en Angleterre le 20 juillet 1554, et qui deviendra roi d’Espagne après l’abdication de son père Charles Quint, le 16 janvier 1556. Philippe est devenu co-souverain d’Angleterre avec Marie, sans toutefois exercer aucun pouvoir réel. Pour consolider cette alliance, Philippe voulait absolument un héritier. Tout dépendait de la naissance d’un prince anglais, car Philippe savait qu’il n’aurait aucun droit sur l’Angleterre si son épouse mourait sans enfant. Une loi du parlement adoptée en 1554 avait effectivement confirmé que le véritable pouvoir dans le royaume reposait dans les seules mains de la reine et de ses futurs enfants[ccxix]. Des mois passèrent avant que Philippe ne réalise que son mariage ne porterait aucun fruit. Rappelé par son père Charles Quint, il a quitté l’Angleterre et Marie en août 1555. Il ne reviendra qu’au mois de mars de l’année 1557 pour repartir quelques semaines plus tard[ccxx].

Marie s’est retrouvée seule, amère de voir ses rêves brisés. Elle s’est alors consacrée à la seule cause qui lui tenait encore à cœur : consolider l’emprise du catholicisme en Angleterre. La reine s’y est employée en recourant à la répression. Le parlement lui en avait donné la possibilité en faisant revivre les diverses lois sur l’hérésie. Une nouvelle vague de persécutions a déferlé contre les protestants dès le départ de son époux. Environ 300 protestants ont ainsi été exécutés, le plus célèbre d’entre eux étant Thomas Cranmer, l’archevêque de Cantorbéry[ccxxi]. Tous ceux qui étaient accusés d’hérésie se voyaient automatiquement condamnés. La multiplication des bûchers dans toute l’Angleterre vaudra à la reine le surnom de Marie la Sanglante (Bloody Mary)[ccxxii].

Marie s’est crue enceinte au mois d’août 1557, peu après le séjour de Philippe. Elle était en réalité très malade. On pense aujourd’hui qu’il pouvait s’agir d’un cancer de l’utérus. Marie a vite compris que si elle ne faisait rien, sa demi-sœur Élisabeth, une protestante, lui succéderait. Cette perspective lui pesait lourd sur le cœur. Elle a envisagé d’exclure Élisabeth en modifiant le testament de son père Henri VIII. Mais il lui aurait fallu obtenir le consentement du parlement, ce qui lui semblait improbable. De plus, même son mari Philippe s’y opposait, car exclure Élisabeth revenait à placer la Couronne d’Angleterre sur la tête de sa cousine Marie Stuart, la reine d’Écosse. Or, Marie résidait alors à la Cour de France où il était prévu qu’elle épouse l’héritier du trône, le futur roi François II. Ajouter l’Angleterre à la corbeille de mariage de Marie Stuart aurait permis à la France de compter sur l’appui de l’Angleterre, en plus de l’Écosse, dans sa guerre contre l’Espagne. Rien ne déplaisait autant à Philippe qui était devenu le nouveau souverain d’Espagne. Dans les derniers mois du règne de Marie, il sera même le meilleur allié d’Élisabeth[ccxxiii].

Sur son lit de mort, Marie a tenté une dernière fois de convaincre Élisabeth de maintenir la religion établie et la vraie foi, bien sûr le catholicisme romain aux yeux de la reine. Il est probable qu’Élisabeth lui ait donné satisfaction, quoique la tradition protestante dise le contraire[ccxxiv]. Marie 1re est morte le 17 novembre 1558. Le long règne d’Élisabeth Ire (1558-1603), fille d’Henri VIII et d’Anne Boylen, avait commencé. (P. 30)

g)         Consolidation du protestantisme sous Élisabeth Ire

Élisabeth devait résoudre le contentieux religieux. Elle a envoyé des signaux clairs sur ses intentions dès les premiers jours de son règne. La reine a d’abord refusé de se laisser baiser la main par Edmond Bonner, l’évêque de Londres et un persécuteur notoire des protestants. À l’évêque catholique John Christopherson de Chechester, qui rappelait en chaire que le protestantisme était légalement une hérésie, Élisabeth a fait le reproche d’avoir rompu la paix religieuse, puis l’a placé en résidence surveillée. Après quelques remaniements, la composition de son Conseil privé, autrement dit son gouvernement, a été fixée à 19 membres, dont seulement sept catholiques. William Cecil, un modéré appartenant à la nouvelle religion, a été nommé secrétaire d’État. Il est devenu le principal ministre d’Élisabeth et le demeurera jusqu’à sa mort 40 ans plus tard. Le temps des persécutions était bien passé[ccxxv].

Au commencement de son règne, Élisabeth disait ne pas vouloir d’un retour à un protestantisme intransigeant. Elle entendait éviter autant les excès de son d’Édouard VI que de Marie Ire. Son dessin, a-t-elle annoncé au parlement le 25 janvier 1559 par l’intermédiaire de son conseiller Francis Bacon, était de refaire l’unité du royaume en promouvant une voie mitoyenne. Pour cela, il lui fallait trouver le plus grand dénominateur commun afin de satisfaire la grande majorité de ses sujets[ccxxvi]. Les débats théologiques ne l’intéressaient guère. Par contre, Élisabeth tenait à ce que l’Église soit constituée d’une hiérarchie de prêtres obéissants qui répondraient à des évêques nommés par elle, tous soumis à son autorité en tant que chef suprême de l’Église d’Angleterre. Une liturgie approuvée par le parlement servirait de guide. Élisabeth souhaitait qu’elle soit assez souple pour ne pas choquer les croyances de chacun[ccxxvii].

Le parlement a voté en 1559 une nouvelle Loi sur la suprématie qui reconnaissait la reine comme gouverneur suprême de l’Église[ccxxviii]. On a abandonné la formule de chef suprême de l’Église, en vigueur sous Henri VIII et Édouard VI, apparemment pour ménager les susceptibilités de ceux qui considéraient le Christ comme le véritable chef de l’Église et peut-être parce qu’une femme était appelée à occuper la fonction, mais sans que cela ne fasse une grande différence dans le quotidien[ccxxix]. Élisabeth n’exerçait pas d’autorité sacramentelle ou doctrinale, seulement une autorité sur les personnes, de manière à pouvoir garantir la paix et l’unité de l’Église[ccxxx]. Celui qui osait encore défendre l’autorité du pape risquait la confiscation de tous ses biens, en plus de la prison, et éventuellement la mort s’il s’entêtait dans sa défiance de la loi[ccxxxi]. Tout serviteur de la Couronne, qu’il ait été titulaire d’une charge civile ou ecclésiastique, devait dorénavant prêter serment à la reine à titre de gouverneur suprême de l’Église[ccxxxii]. Les catholiques se trouvaient par le fait même exclus de tout emploi public[ccxxxiii].

Le parlement de 1559 a également voté une nouvelle Loi sur l’uniformité[ccxxxiv] qui rétablissait presque intégralement la liturgie du Livre de la prière commune dans sa version la plus dure de 1552[ccxxxv]. On ne sait si cela révélait un changement d’opinion de la part d’une Élisabeth habituellement ouverte aux compromis. Car il n’y a eu que quelques concessions de forme aux catholiques, tels le port du surplis et de la barrette pour l’officier célébrant l’office religieux, la présence d’ornements, l’agenouillement pour recevoir la communion et le signe de croix. Les Quarante-deux Articles d’Édouard VI, qui avaient codifié la doctrine anglicane officielle, ont été révisés en 1563 pour être réduits à Trente-neuf Articles[ccxxxvi]. Ils ne seront plus modifiés par la suite.

(P. 31) Pie V (pontificat 1566-1572) a excommunié Élisabeth en 1570[ccxxxvii]. L’Angleterre avait brisé à nouveau ses liens avec Rome, pour de bon cette fois. Bien sûr, les catholiques n’ont pas disparu d’Angleterre. Élisabeth a même toléré qu’ils pratiquent leur religion en secret, pourvu qu’ils assistent au culte officiel le dimanche. Elle aurait dit ne pas vouloir ouvrir les fenêtres pour regarder dans les cœurs[ccxxxviii].

5.        Temps des révolutions

Malgré le retour à la religion réformée, des protestants plus intransigeants que d’autres, ceux qu’on appellera les puritains, ont considéré les maigres concessions aux catholiques comme autant de souillures sur leur religion. Ils n’appartenaient pas à une confession différente ; ils constituaient plutôt un courant conservateur ou intégriste au sein de l’Église anglicane, qu’ils cherchaient au départ à rénover de l’intérieur pour éviter les accusations de déloyauté. Les puritains réclamaient une liturgie plus simple. Ils condamnaient tout apparat : vêtements riches de l’officier célébrant et présence d’ornements dans le temple comme des cierges, des crucifix ou des peintures religieuses. L’agenouillement lors de la communion et le signe de croix au baptême leur apparaissaient être des superstitions. Leur foi les portait aussi à croire que Dieu avait conclu un contrat avec chaque fidèle, qu’il n’était donc pas besoin d’intermédiaires entre Dieu et les hommes. Les puritains rejetaient conséquemment toute hiérarchie religieuse, non seulement le pape et ses cardinaux, mais tout autant les archevêques et les évêques anglicans. Comme Dieu s’était lié avec chaque fidèle, ils ont enfin demandé qu’on traduise et publie une version officielle de la Bible en anglais, ainsi que Luther l’avait prêché, pour que tous puissent enfin lire la Parole de Dieu.

a)         Montée du mouvement puritain pendant le règne d’Élisabeth Ire

Comme leur foi était ardente, les puritains se montraient militants et prompts à défendre leurs idées. Ils sont devenus une force politique qui a attiré l’attention d’Élisabeth dans les années 1570. Trouvant tièdes les sermons des prêtres anglicans, des prédicateurs ambulants ont parcouru les paroisses pour y organiser des séances de prières collectives, au cours desquelles ils enflammaient les fidèles par des prêches passionnés. L’une de leurs cibles favorites était bien sûr la hiérarchie anglicane qu’ils attaquaient avec férocité. Ils désiraient la remplacer par une organisation ecclésiale où pasteurs et laïcs s’associeraient pour gérer collégialement les affaires de l’Église[ccxxxix]. On parlait alors de constitution presbytérienne, une idée inspirée par le pasteur Jean Calvin[ccxl]. Une fois mise au courant, Élisabeth a décidé de mettre un terme aux tournées des prédicateurs puritains[ccxli]. Sa décision a heurté leur sensibilité. Beaucoup ont cru que l’action de la reine était due à l’influence des catholiques. L’un des leurs, un certain Peter Wentworth, député des communes, a même critiqué la souveraine lors d’un discours au parlement en 1576. Il a immédiatement été censuré par ses collègues de la Chambre qui l’ont envoyé réfléchir à la Tour de Londres. C’était encore trop tôt pour s’opposer aussi ouvertement à la Couronne, d’autant plus que le privilège de liberté de parole pour les députés n’était pas encore solidement établi[ccxlii].

Peter Wentworth et ses amis puritains ont bien sûr tenté de faire adopter des lois réformant la liturgie et l’épiscopat anglican. Élisabeth disposait cependant des appuis nécessaires au parlement pour les empêcher de nuire[ccxliii]. Voyant les insuccès de leurs représentants aux communes, quelques-uns, au cours des années 1580, ont voulu mettre sur pied une Église distincte de l’Église anglicane officielle. Élisabeth ne pouvait laisser faire cette minorité menée par les Robert Browne (P. 32) et Henry Barrow, car ces hommes voulaient séparer l’Église et l’État, ce qui revenait à dire la mettre hors du contrôle effectif de la reine[ccxliv]. Une Loi contre les sectes séditieuses[ccxlv], adoptée en 1592, a donc permis au gouvernement de les réprimer. D’autres puritains ont préféré porter leur combat sur la place publique. En 1588 et 1589, ils ont publié clandestinement une série de pamphlets critiques de la hiérarchie anglicane, voire de la reine elle-même. Des écrivains commissionnés par la Couronne leur ont alors répondu pareillement. Martin Maprelate étant le pseudonyme employé par les auteurs puritains, on appela cette guéguerre la Controverse de Marprelate[ccxlvi]. L’action des contestataires puritains s’avéra si efficace qu’Élisabeth a fait rechercher les responsables, sans jamais avoir pu les identifier avec certitude. On a néanmoins pendu les leaders intellectuels de la faction séparatiste, les Henry Barrow, John Greenwood et John Perry, après leur condamnation pour sédition. Élisabeth cessera alors d’être inquiétée[ccxlvii].

Le mouvement puritain demeurera assoupi jusqu’au règne de Jacques Ier (règne 1603-1625). Il sera le principal ressort qui déclenchera les révolutions du XVIIe siècle.

b)        Signes avant-coureurs des prochains troubles sous Jacques Ier

Élisabeth Ire n’a eu aucune descendance. À sa mort, en 1603, la lignée des Tudor s’est éteinte avec elle. La Couronne revenait normalement au premier-né de la famille du monarque défunt, en donnant priorité au sexe masculin. Mais quand un roi ou une reine mourait sans enfant, on lui trouvait alors un héritier parmi ses parents collatéraux. Au décès d’Élisabeth, il a fallu remonter à son grand-père Henri VII pour identifier une nouvelle branche aînée de la famille royale dans les descendants de sa fille Marguerite. Son petit-fils Jacques Stuart, déjà roi d’Écosse, est devenu Jacques Ier d’Angleterre, premier roi de la maison de Stuart (règne 1603-1625).

Jacques Ier a été aux prises à son tour avec le mouvement des puritains dès son installation sur le trône d’Angleterre. Dans une pétition présentée au souverain[ccxlviii], ils y ont repris leurs attaques contre le clergé anglican. Jacques a alors convoqué quelques-uns de leurs représentants à une conférence tenue dans son palais de Hampton Court, les 14, 15 et 16 janvier 1604[ccxlix]. Les évêques anglicans et les membres de son Conseil privé étaient également présents. L’existence du clergé, a-t-il fait valoir, demeurait essentielle au maintien de son autorité sur l’Église et ses fidèles. À aucun prix, il ne pouvait consentir à sa disparition : « pas d’évêques, pas de roi », a été sa réponse[ccl]. Jacques a également refusé toute concession sur les formes du culte traditionnel, cierges allumés sur l’autel de l’église, le port du surplis et de la barrette par le prêtre, l’agenouillement et le signe de la croix lors du service, dans lesquelles il voyait les symboles de la continuité historique du christianisme. Jacques a cependant consenti à ce que l’on procède à une traduction de la Bible en anglais, pour qu’elle soit d’une meilleure qualité comparée à celles déjà en existence[ccli]. Commencée en 1604, elle a été publiée une première fois en 1611. Tous les protestants la connaissent aujourd’hui comme étant la King James Version[cclii]. La Bible du roi Jacques restera la version de référence pour toute l’Église d’Angleterre.

Pour nous, du XXIe siècle, les histoires de cierges, d’habillement, de génuflexion ou de signe de la croix peuvent paraître bien superficielles, mais, pour les hommes de l’époque, il s’agissait souvent de questions primordiales pour lesquelles certains ont combattu, parfois jusqu’à la mort.

Face à l’intransigeance du roi, les puritains ont jugé opportun de s’engager à nouveau dans l’action politique. Leur lutte s’est déplacée vers le parlement. C’est là où l’on a assisté au choc de (P. 33) deux cultures fort différentes : l’anglaise, qu’ils représentaient, et l’écossaise, à laquelle le nouveau roi était attaché.

Jacques Ier croyait à l’existence d’une monarchie absolue. Il avait d’ailleurs signé un livre à cet effet : The true Law of free monarchies[ccliii]. Jacques ne manquait pas l’occasion de rappeler à tous ses convictions, malgré le malaise qu’il causait ainsi chez ses interlocuteurs anglais. Le 21 mars 1610, par exemple, il a déclaré devant le parlement que les rois étaient les lieutenants de Dieu sur terre. De même que c’était un blasphème de s’opposer à Dieu, c’était un crime de sédition de la part de ses sujets de questionner ce qu’un roi avait accompli dans la plénitude de ses pouvoirs, a-t-il conclu[ccliv]. Ce n’est qu’avec réticence qu’il se résignera à accepter l’évidence, à pratiquer par prudence ce que l’on appelle aujourd’hui la politique-vérité, c’est-à-dire en reculant sur ses demandes lorsque la réalité le lui imposait, sans pour autant renoncer à ses prétentions absolutistes[cclv].

On a vu un signe avant-coureur des révolutions à venir dans les parlements convoqués par Jacques Ier. Après la Conspiration des Poudres, un complot visant à faire sauter le parlement lors de sa séance inaugurale du 5 novembre 1605, les députés ont cru que tous les catholiques étaient des traîtres en puissance. Il leur semblait incompréhensible de montrer quelque faiblesse. Une absence de zèle à les combattre et à défendre la foi officielle suscitait donc chez eux la suspicion. Les puritains membres du parlement comptaient assurément parmi les critiques les plus virulents de la politique du roi, souvent accusé de tiédeur face à la menace catholique[cclvi]. Ce n’était pas tant telle ou telle autre question qui ressortait plus que les autres ; tout était mentionné, parfois dans le plus grand désordre comme dans la Pétition de droit adoptée par les communes le 3 décembre 1621[cclvii]. Ce que l’on a pu remarquer, toutefois, était l’emprise grandissante de l’esprit puritain durant le règne, soit la référence incessante à la loi divine enchâssée dans la Bible et son invocation pour refuser toute autorité semblant la contredire[cclviii].

Certes, peu d’Anglais auraient alors douté que le pouvoir de Jacques lui venait de Dieu. De là à conclure qu’on lui devait une obéissance aveugle, il y avait un pas à franchir. Or, de plus en plus croyaient que les sujets d’un roi possédaient non seulement le droit, mais également le devoir de lui résister quand il persécutait son peuple en abusant de son pouvoir[cclix].

Dans ses dernières années, Jacques Ier a caressé l’ambition de marier Charles à l’infante Marie, la sœur du nouveau roi d’Espagne Philippe IV. Il est donc entré en pourparlers avec cette puissance. Comme les discussions traînaient en longueur, le prince Charles a décidé, contre l’avis de son père, de se rendre incognito en Espagne avec son ami Buckingham pour débloquer les négociations. C’était manifestement un projet improvisé qui présentait de nombreux dangers. Charles et Buckingham, au désespoir du vieux roi qui en pleurait, se sont embarqués en cachette le 17 février 1623 pour arriver à Madrid 16 jours plus tard. Leur mission s’annonçait mal. Les Espagnols étaient bien décidés à exiger, pour prix de leur accord, que l’Angleterre abroge ses lois anti-catholiques. Désireux de voir son fils revenir, Jacques s’est engagé à présenter les projets de loi nécessaires au parlement. C’était tout ce qu’il pouvait faire. Mais cela n’a pas suffi pour que Philippe IV laisse partir sa sœur avec Charles. Les Espagnols attendraient que les lois promises soient adoptées. Charles, à la fois déçu et furieux contre l’Espagne, est retourné en Angleterre sans sa princesse[cclx]. Lui et Buckingham ont alors manœuvré pour que l’Angleterre parte en guerre contre l’Espagne.

(P. 34) L’Espagne écartée, la Cour s’est mise à regarder du côté de la France où vivait la fille du roi Henri IV, la jeune princesse Henriette-Marie. La France, comme l’Espagne, était bien sûr un pays catholique. Pas plus que l’Espagne, celle-ci ne s’est montrée disposée à voir partir sa princesse, à moins que l’Angleterre ne fasse des concessions à ses catholiques et ne permette à Henriette-Marie de pratiquer sa religion après son mariage. De simples promesses ont cette fois suffi. Elles ont été consignées dans un traité secret de mariage conclu en décembre 1624. Comme preuve de sa bonne foi, Jacques Ier a suspendu l’application des lois honnies et libéré les prisonniers papistes. Craignant les réactions du parlement quand il lui demanderait de voter l’abrogation des lois anti-catholiques, le roi a remis au printemps 1625 la session prévue pour l’automne. Il ne devait pas survivre jusque là. Jacques Ier est mort le 27 mars 1625[cclxi].

c)         Renversement de la monarchie de Charles Ier

Le fils de Jacques a aussitôt été proclamé sous le nom de Charles Ier (règne 1625-1649), roi d’Angleterre, de France et d’Irlande, roi des Écossais, défenseur de la foi, etc. Lui aussi croyait, à l’instar de son père, que son mandat lui venait de Dieu. Tant que la loi divine n’était pas violée, ses sujets lui devaient une obéissance absolue. Tout acte de rébellion était donc à la fois un crime et un péché, a-t-il annoncé à ses sujets par la voix de son confesseur l’évêque anglican Roger Manwaring, un propagandiste de la monarchie absolue[cclxii]. On imagine sans peine qu’un tel système de pensée le conduisait tout droit à entrer en conflit avec le parlement. Malheureusement, Charles n’avait pas l’intelligence de son père ni sa sagesse pour juger une situation politique. Il n’était pas stupide. Toutefois, il montrait peu d’ouverture d’esprit. Son caractère inflexible le poussait trop souvent à refuser le compromis, ce qui le conduira éventuellement à sa perte[cclxiii].

Charles a épousé Henriette-Marie deux mois après le début de son règne. Elle avait 16 ans et Charles 25. La princesse était avide de goûter aux plaisirs de la vie et méfiante à l’égard de ceux qui ne partageaient pas sa foi en l’Église de Rome. De telles dispositions la préparaient mal son rôle de reine dans un royaume protestant imprégné par la morale puritaine. Capricieuse, orgueilleuse, arrogante, totalement dénuée de tact, Henriette-Marie a multiplié les gaffes, inconsciente des dommages qu’elle causait à la monarchie anglaise[cclxiv]. Charles s’est montré patient. Les défauts de sa reine ne l’empêcheront pas de s’en éprendre profondément, un amour qui durera toute sa vie.

La France s’est inquiétée, non sans raison. On y attendait l’abolition des lois anti-catholiques promise dans le traité de mariage. Charles s’est enfin décidé à convoquer son premier parlement, comme l’usage le voulait en début de règne. Il a prononcé le discours d’ouverture le 18 juin 1625. Son souhait était d’obtenir les fonds nécessaires à la poursuite de la guerre contre l’Espagne. Réagissant au discours, les députés se sont demandé comment les sommes votées lors du dernier parlement de 1624 avaient été dépensées. Mais plus inquiétant, ils voulaient également savoir pourquoi des catholiques avaient été graciés, tout en se doutant que cela devait avoir un lien avec des engagements pris par le défunt roi et son fils pour conclure le mariage princier. Soupçonnant le pire, ils ont réclamé que les clauses du traité de mariage soient révélées[cclxv]. Charles n’a pas répondu. Il a plutôt empiré la situation en nommant Richard Montagu au poste d’aumônier de la Cour, alors que Montagu venait de faire publier un livre, Appello Caesarem[cclxvi], dans lequel il défendait l’appartenance des catholiques à l’Église du Christ. Ce n’était pas pour plaire aux députés puritains ni aux évêques anglicans[cclxvii]. De méchante humeur, les députés ont voté de (P. 35) modestes impôts, bien inférieurs aux demandes du roi. Charles, frustré de la pingrerie des communes, a procédé à la dissolution du parlement le 12 août.

Buckingham, grand amiral de la flotte anglaise, a quand même tenté un raid sur la ville de Cadix pour piller les galions espagnols revenant d’Amérique gorgés d’or. Ce fut un désastre dont les Anglais rendirent Buckingham responsable.

Lors de son séjour à Paris en mai et juin 1625, où il était venu chercher la reine Henriette-Marie, Buckingham avait proposé au cardinal de Richelieu une alliance anglo-française dirigée contre l’Espagne. Le ministre de Louis XIII en écarta l’idée, ce que le grand amiral, fort vaniteux, avait pris pour un affront personnel. Buckingham voulait maintenant humilier la France en lui faisant la guerre à son tour. Une guerre exigeait cependant de l’argent, beaucoup d’argent. Charles a donc convoqué son second parlement pour le 6 février 1626. Dans le discours d’ouverture, il a évoqué l’honneur de la Couronne, avant de demander le vote de nouveaux impôts. Les parlementaires se sont rebiffés. Aucune somme n’a été consentie. Charles a dissout son second parlement le 15 juin 1626. Au mépris des droits du parlement et de ses sujets, le roi a alors eu recours à divers stratagèmes pour se procurer l’argent nécessaire à la guerre, en emprisonnant ceux qui ne voulaient pas payer. Buckingham s’est à nouveau personnellement occupé des préparatifs de guerre contre la France. La flotte anglaise a quitté le port de Plymouth le 27 juin 1627. Devant l’île de Ré, elle a connu un autre désastre. Les Anglais bouillaient de colère contre leur amiral. Mais peu lui importait, Buckingham rêvait à sa revanche. Charles a compris qu’il n’obtiendrait pas les sommes voulues sans de nouveaux impôts. Le recours au parlement s’imposait.

Oublieux des plus récentes leçons, Charles Ier a donc convoqué son troisième parlement pour le 17 mars 1628, en réitérant sa demande pour de nouveaux impôts. Victimes des exactions du roi, les députés l’attendaient de pied ferme. Edward Coke, l’ancien juge en chef de la Cour des plaids communs et de la Cour du banc du roi, maintenant député des communes, a expliqué à ses collègues que le roi avait violé plusieurs anciens statuts, dont la célèbre Magna Carta de 1215[cclxviii]. Avec l’appui de ses collègues, il a élaboré un projet de déclaration qui est devenu la Pétition de droit de 1628[cclxix]. Une nouvelle théorie constitutionnelle dangereuse pour le roi a été formulée lors des débats. L’éloquent Sir Robert Phelips, l’un des critiques de la Couronne, déjà emprisonné en 1621 pour s’être opposé au mariage espagnol de Charles, a expliqué que « [notre traduction] le peuple de ce pays n’est soumis à rien d’autre que ce à quoi il a librement consenti par le contrat originel passé entre lui et le roi »[cclxx]. Le peuple acquérait conséquemment le droit de se révolter dès que son roi enfreignait les termes de leur contrat.

Charles a prorogé (c.-à-d. suspendu) les travaux du parlement en août, après l’assassinat de son ami Buckingham, pour le rappeler six mois plus tard, le 20 janvier 1629. Contrit et plein de bonne volonté, il espérait apaiser les députés et conclure ce parlement dans la bonne entente. Il a très mal jaugé leur état d’esprit. En effet, les communes ont repris leurs récriminations, incluant sur le sujet de la religion. Le député John Eliot, avec ses collègues puritains, a attaqué le clergé et critiqué les rites officiels de la religion anglicane tout comme les mesures du roi favorisant les protestants modérés, un courant de l’Église anglicane appelé l’arminianisme[cclxxi]. Le 2 mars 1629, le roi, après avoir eu connaissance que les députés s’en prendraient à ses ministres, a envoyé un message au président de la Chambre (c.-à-d. le speaker) pour lui demander d’ajourner les travaux au 10 mars. Celui-ci s’est levé pour déclarer la séance close, mais Eliot et huit associés s’en sont (P. 36) emparés et lui ont intimé de retourner dans son fauteuil, puis ont barré la porte pour empêcher l’arrivée d’hommes du roi. Trois résolutions ont alors été adoptées par les députés avant d’accepter l’ajournement : la première contre l’arminianisme, la seconde contre le papisme, et la troisième contre la levée illégale des droits de douane (tonnage et poundage)[cclxxii]. Charles a officiellement dissout le parlement le 10 mars en donnant ses raisons[cclxxiii]. Les neuf députés qui avaient usé de violence ont été accusés et condamnés. On s’est plaint de la tyrannie du roi.

Charles Ier était résolu à diriger désormais son royaume sans plus s’embarrasser d’un parlement. Il lui suffirait de se passer de nouveaux impôts, de survivre avec ses revenus réguliers et ceux provenant de mesures que ses trésoriers pourraient appliquer. Une politique extérieure favorisant la paix l’aiderait. Après avoir négocié un accord mettant fin au conflit avec l’Espagne, il a réussi à gouverner seul pendant 11 ans, jusqu’en 1641. Ce fut le début de son règne personnel et la période la plus heureuse de sa vie[cclxxiv].

Pour tout ce qui concernait la religion, Charles suivait les conseils de l’archevêque de Cantorbéry, William Laud. Or, Laud blessait sans ménagement les sentiments des puritains en défendant une Église d’Angleterre qui reproduisait le modèle du catholicisme, la religion maudite aux yeux de ces intégristes protestants. Quand Charles a été couronné roi d’Écosse en 1633, un titre qu’il tenait de son père Jacques, l’archevêque a tout fait pour que le cérémonial impressionne par son faste : décorations en or, soieries, autel séparé par une balustrade, prêtres habillés de surplis et de vêtements brodés, crucifix entourés de chandelles, qui rappelaient à tous les rites honnis de l’Église de Rome. Les Écossais ont été d’autant plus choqués que ceux-ci appartenaient à l’Église presbytérienne, un courant du mouvement protestant inspiré par Jean Calvin, proche des sensibilités des puritains anglais[cclxxv]. Ultime maladresse, le roi Charles, sûr de son bon droit, a tenté d’imposer la liturgie anglicane aux Écossais. Il l’a codifiée dans une édition écossaise du Livre de la prière commune rédigé en janvier 1636 et distribué en mai 1637[cclxxvi]. Cela a été la plus grave erreur de Charles, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres, car les Écossais se sont rebellés. Une émeute a éclaté le 23 juillet 1637 à Édimbourg, capitale de l’Écosse. Une opposition organisée regroupant quelque 20 000 hommes en armes était prête à passer à l’action en mars 1638. La guerre semblait inévitable. Le roi devait trouver l’argent pour se défendre.

Charles Ier a convoqué son quatrième parlement pour le 13 avril 1640 en espérant une aide, mais sans obtenir les résultats espérés. Au contraire, la Chambre des communes, dominée par les puritains, a repris la ritournelle de ses griefs traditionnels, auxquels elle a ajouté les emprisonnements injustifiés après la dissolution du dernier parlement, une défense de la liberté de parole de ses membres, et la nécessité de convoquer le parlement avec régularité. Si nous avons un si bon roi, pourquoi avons-nous tant de motifs de nous plaindre[cclxxvii] ? Le député Harbottle Grimstone, plus sympathique aux griefs des Écossais que la menace qu’il aurait représentée, a lancé au roi cet avertissement : « [notre traduction] je laisse la chambre juger si les dangers qui nous guettent dans ce royaume ne sont pas plus grands et considérables que ceux que l’on nous présente »[cclxxviii]. Un Charles découragé par le refus des communes a prononcé la dissolution du parlement le 5 mai 1640, trois semaines à peine après le début de ses travaux[cclxxix]. Des émeutes ont éclaté. Des militaires se sont mutinés. Au lieu de se concilier ses sujets comme son père l’aurait fait, Charles a choisi la provocation. Il a signé les canons d’un synode convoqué par Laud qui vouaient à la damnation éternelle ceux qui prendraient les armes contre leur souverain[cclxxx]. Ses ministres ont affirmé qu’en période de danger, le roi était délié de toutes les lois, que la nécessité (P. 37) lui permettait de faire tout ce qu’il pouvait afin de préserver son autorité et de protéger son trône, des paroles audacieuses et surtout irréfléchies[cclxxxi].    

Les Écossais ont traversé la frontière qui les séparait de l’Angleterre le 20 août 1640. Le roi, à court d’argent, a convoqué son cinquième parlement. Son mandat s’est étendu du 3 novembre 1640 au 16 mars 1660. Sa principale demande, qui portait sur une aide financière afin de repousser les Écossais, a été mal reçue. Loin d’y agréer, le puritain John Pym a prononcé un discours dans lequel il annonçait son intention de combattre les complots papistes, auquel les députés ont donné suite en mettant en accusation pour le juger l’archevêque Laud[cclxxxii]. Une liste de griefs a été présentée au roi le 1er décembre 1641[cclxxxiii]. Elle poussait si loin les réformes proposées qu’il était évident qu’un refus du roi s’ensuivrait. On y exigeait notamment l’abolition des rituels inutiles lors du service liturgique, l’exclusion des évêques de la Chambre des lords, ainsi que le retrait du Conseil privé de tous les ministres qui ne pouvait conserver la confiance du parlement. Devant le refus du roi, le parlement a voté la mise sur pied d’une milice, puis lui a fait parvenir le 1er juin un ultimatum sous la forme de 19 propositions[cclxxxiv] rédigées de manière à s’attirer un autre refus[cclxxxv]. Une dernière loi de 1642 devait exclure le clergé anglican du Parlement[cclxxxvi]. La guerre entre le parlement et le roi a commencé le 23 août 1642. Elle se terminera en 1648, peu avant la mise à mort de Charles Ier et l’abolition consécutive de la monarchie, les 30 janvier et 17 mars 1649[cclxxxvii]. Deux régimes ont suivis : le Commonwealth (1649-1653) et le Protectorat (1653-1659), tous dirigés en droit sinon en fait par le puritain Oliver Cromwell.

d)        Restauration avec Charles II

À la mort d’Olivier Cromwell, le 5 septembre 1658, le régime qu’il avait mis en place s’est mis à craquer de toute part. L’anarchie s’est installée. Seule l’armée exerçait encore quelque autorité. Ses chefs, dont un certain George Monck, ont alors rappelé le Long parlement. On le connaîtra désormais sous le nom de Parlement croupion (Rump Parliament), parce qu’il n’en restait que la moitié des membres après les purges et les décès depuis 1640. Celui-ci s’est aussitôt dissout pour appeler des élections et la formation d’un nouveau parlement, le Parlement convention. Celui-ci se réunira la première fois le 25 avril 1660. Il a rappelé le fils du roi martyr pour qu’il ceigne la Couronne sous le nom de Charles II (règne 1660-1685)[cclxxxviii]. Celui-ci a été couronné le 23 avril 1661. L’une des premières lois adoptées sous le nouveau règne a permis de reconstituer le clergé anglican supprimé durant la guerre civile et de permettre aux évêques de réintégrer la Chambre des lords du parlement[cclxxxix]. Si ce n’était la confirmation des titres de propriété acquis durant la guerre civile, on a fait comme si la république de Cromwell n’avait jamais existé.

Charles II s’est montré clément. Seuls sept membres de la Haute cour de justice qui avait ordonné l’exécution de son père, avec le procureur de la poursuite et quelques autres, ont été exécutés. Plusieurs partisans du roi auraient pourtant été tentés par une revanche. Mais Charles a réussi à contenir leur ardeur. Il a plutôt cherché à amadouer ses opposants[ccxc]. De plus, une majorité d’Anglais, toujours passionnément anti-catholiques, doutaient que les Stuart partageaient leur foi. Le roi devait donc leur donner des gages.

La Couronne a été affaiblie par suite de blessures auto-infligées qui ont miné ses appuis parmi l’électorat et les parlementaires modérés. Charles, que les Anglais avaient bien jugé, a voulu faire revivre sa prérogative qui lui permettait de soustraire une personne ou un groupe de personnes à l’application d’un statut du parlement, communément appelé le pouvoir de dispenser. Il a publié (P. 38) une Déclaration d’indulgence le 26 décembre 1662[ccxci], tout juste après son mariage avec la princesse catholique Catherine du Portugal. Charles voulait ainsi exempter tous les catholiques et les protestants non conformistes d’obéir à la nouvelle Loi sur l’uniformité[ccxcii], afin qu’ils puissent célébrer librement leur culte. Quoique la population se montrait ouverte aux aspirations des adeptes des autres formes de protestantisme, presbytériens, baptistes, quakers et congrégationalistes, une vaste majorité considérait toujours que le pape était l’antéchrist et que ses fidèles étaient tous voués à l’enfer. Les députés anglicans, faisant écho au sentiment populaire, ont exprimé leur indignation lors de la séance d’ouverture du parlement, le 18 février 1663, allant jusqu’à nier l’existence d’un tel pouvoir[ccxciii]. Charles a annulé sa Déclaration d’indulgence[ccxciv]. Mais il récidivera, le 15 mars 1672, en publiant une seconde Déclaration d’indulgence[ccxcv], avant de reculer à nouveau le 8 mars 1673 devant la colère des parlementaires[ccxcvi]. Non seulement a-t-il annulé sa seconde Déclaration d’indulgence, il a également sanctionné la Loi sur la mise à l’épreuve de 1673[ccxcvii]. Une seconde Loi sur la mise à l’épreuve devait suivre en 1678[ccxcviii]. Ces nouvelles législations imposaient à ceux qui occupaient une charge publique de prêter un serment d’allégeance au roi et un autre reconnaissant sa suprématie sur l’Église d’Angleterre. Aucun catholique ne pouvait conséquemment servir comme officier de l’armée, juge, ministre, ou serviteur du palais du roi, ni occuper quelque autre fonction au sein de l’appareil administratif de l’État, y compris au parlement.

Il faudra attendre 1829 pour que la loi soit changée et que des catholiques soient enfin autorisés à siéger au parlement sans avoir à renier leur foi[ccxcix], pour la raison qu’il fallait régulariser la situation des catholiques irlandais, car l’Irlande avait été fusionnée à la Grande-Bretagne pour former en 1800 le nouveau Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande[ccc].

L’application de la Loi sur la mise à l’épreuve a provoqué une commotion parmi le peuple, lorsqu’elle s’est rendu compte des progrès du catholicisme romain au sein de la famille royale. En effet, Jacques, le duc de York et frère du roi, s’était converti en 1668. La population n’en a rien su, du moins jusqu’à l’adoption de cette loi de 1673 qui l’a forcé à sortir du placard. Jacques a dû démissionner de son poste d’amiral le 15 juin pour éviter de prêter le serment exigé[ccci]. Plusieurs fonctionnaires du palais l’ont imité. Quelques mois plus tard, en octobre, l’annonce du mariage de Jacques en secondes noces avec Marie de Modène, une princesse italienne catholique, a troublé encore davantage l’opinion. Rappelons que Charles n’ayant aucun enfant, son frère devenait l’héritier présomptif. Or, la perspective d’un roi et d’une reine ayant épousé la foi honnie déplaisait à la population comme à leurs représentants au parlement. Les communes ont bien sûr poussé de hauts cris à l’annonce de la nouvelle. Mais c’était trop tard. Le mariage de Jacques et de Marie avait déjà été célébré dans le secret plusieurs jours auparavant, le 20 septembre 1673[cccii].

C’est lors du parlement qui s’est réuni la première fois le 6 mars 1679 que le sommet de la réaction anti-catholique a été atteint. Les nouveaux élus étaient massivement hostiles à la Couronne. On se demandait seulement jusqu’où ils pourraient aller dans leur opposition. Leurs craintes de voir s’établir une dynastie catholique et celle d’un gouvernement autoritaire allaient de pair. Ils ont donc cherché à se protéger de l’un comme de l’autre. Le 27 mai, afin d’empêcher les détentions arbitraires, les parlementaires ont procédé à l’adoption du projet de Loi sur l’habeas Corpus, que Charles a bien voulu sanctionner[ccciii]. Ils ont également voté le même jour un projet de loi excluant Jacques de la succession pour lequel, cette fois, Charles a refusé sa sanction[ccciv].

(P. 39) Charles II s’est converti au catholicisme romain peu avant sa mort, le 6 février 1685. Toutefois, les faits tendent à démontrer qu’il l’était déjà de cœur depuis longtemps.

e)         Glorieuse révolution de 1688-1689

Jacques II (règne 1685-1689), dont la conversion était connue depuis longtemps, a succédé sans heurt à son frère comme si l’on avait oublié sa religion. Jacques a néanmoins pris soin d’éviter toute controverse en début de règne. Il a demandé à l’archevêque anglican William Sancroft de le couronner le 23 avril 1685. Pour calmer le peuple d’Angleterre, toujours aussi opposé à l’Église de Rome, il a promis devant le parlement, lors de son ouverture le 19 mai, de toujours défendre et promouvoir l’Église d’Angleterre et de préserver l’ordre constitutionnel existant[cccv]. L’héritière pressentie de Jacques II était alors sa fille aînée, la princesse Marie, élevée dans la foi protestante et épouse du très protestant prince hollandais Guillaume d’Orange.

Le seul incident digne d’intérêt en début de règne a été la rébellion organisée par James Scott, le duc de Monmouth et le fils illégitime de Charles II. Chef militaire éprouvé, il avait comme avantage d’être un protestant. Monmouth aurait été le choix des parlementaires pour remplacer Jacques, si leur projet de loi sur l’exclusion avait abouti en 1681. Il s’était retiré à l’étranger pour revenir en Angleterre en mai 1685 avec trois navires et 382 hommes. D’autres se sont ajoutés par la suite pour constituer une armée de 5 000 combattants. Monmouth a été défait le 6 juillet et exécuté pour trahison neuf jours plus tard[cccvi]. Son action était prématurée. Trop d’Anglais étaient encore satisfaits du statu quo pour que les plaintes formulées à l’endroit de Jacques produisent quelque effet. Voilà pourquoi le parlement, dès l’annonce de l’expédition de Monmouth le 13 juin, a immédiatement voté un projet de loi d’attainder qui le condamnait à mort[cccvii].

Jacques II s’est alors mépris sur l’attachement des Anglais à la monarchie qu’il croyait acquise à sa personne plutôt qu’à l’institution, tout en sous-estimant la persistance et la profondeur de leur aversion pour le catholicisme. Comme le roi semblait incapable de comprendre tout autre point de vue que le sien, il a pensé pouvoir les convaincre d’abroger les lois anti-catholiques. Jacques défendait avant tout la liberté de conscience[cccviii], même s’il aurait souhaité dans son cœur que tous ses sujets deviennent catholiques[cccix]. Sa première erreur, dès novembre 1685, a été d’annoncer au parlement son intention de conserver son armée de 14 000 à 15 000 hommes, la force d’urgence mise sur pied pour combattre la rébellion de Monmouth. Il a reconnu qu’elle comprenait plusieurs officiers catholiques n’ayant pas prêté le serment de la Loi sur la mise à l’épreuve, tout en se disant déterminé à les maintenir dans leurs fonctions malgré les protestations des communes[cccx]. Il menaçait ainsi le monopole des protestants sur les charges publiques en plus de heurter leurs convictions religieuses. Il réveillait également les vieilles craintes d’une majorité de la population comme des parlementaires sur l’établissement d’un régime absolutiste[cccxi]. Les communes ont donc refusé les crédits nécessaires pour maintenir sur pied l’armée et ont défendu l’exigence du serment pour les officiers de la Couronne. Jacques a alors décidé de proroger (suspendre) les travaux du parlement. Il décidera finalement sa dissolution le 2 juillet 1687, sans jamais le rappeler à nouveau[cccxii]. Car s’il ne pouvait convaincre les représentants du peuple, il les empêcherait de nuire en les privant de leur tribune.

Un jugement récent de la Cour du banc du roi offrait apparemment à Jacques un autre moyen de régulariser la situation des catholiques : l’affaire Godden v. Hales[cccxiii]. Celle-ci a confirmé le (P. 40) pouvoir du souverain anglais d’accorder des dispenses, soit de soustraire une personne ou un groupe de personnes à l’application d’un statut du parlement. Autrement dit, la dispense conférait aux personnes visées le droit de faire une chose malgré une loi prescrivant le contraire. Le pouvoir de dispenser avait été exercé à plusieurs reprises dans le passé depuis le règne d’Henri III (1219-1272). Mais c’était les premières fois, sous Charles II et Jacques II, que l’on suspendait l’application de lois du parlement pour l’ensemble de la population de l’Angleterre.

Peu avant la dissolution du parlement, Jacques a invoqué ce pouvoir de dispense pour adopter, le 4 avril 1687, une Déclaration d’indulgence dans laquelle il promettait la liberté de conscience et de culte à ses sujets et l’admission de tous aux emplois publics[cccxiv]. D’un coup de plume, le roi suspendait ainsi l’application de la Loi sur l’uniformité de 1662, de la première Loi sur la mise à l’épreuve de 1673, et de la seconde Loi sur la mise à l’épreuve de 1678. On se rappellera que les députés avaient protesté avec succès contre des mesures semblables prises par Charles II. Cette fois, le parlement ne siégeait pas. Ses travaux avaient été arrêtés depuis 1685. Le roi croyait donc avoir la liberté d’agir à son gré. Une seconde Déclaration d’indulgence a été publiée le 27 avril 1688 reproduisant le texte de la première avec un plaidoyer du roi sur son bien-fondé[cccxv]. Pis encore, Jacques a exigé de tous les pasteurs qu’ils la lisent après le service dominical deux dimanches d’affilé[cccxvi]. C’était pure folie ! L’archevêque de Cantorbéry William Sancroft et six autres évêques ont alors signé une pétition le 18 mai demandant à Jacques de ne pas obliger les membres du clergé à violer les diktats de leur conscience. Ils exprimaient également des doutes sur le pouvoir du roi de dispenser tous ses sujets d’obéir aux lois du parlement[cccxvii]. Irrité que l’on conteste ainsi l’étendue de sa prérogative, le roi a fait traduire en justice les prélats sous l’inculpation de haute trahison. L’archevêque Sancroft et ses collègues de l’épiscopat seront finalement acquittés le 30 juin[cccxviii]. Des manifestations de joie éclateront dans tout Londres pour accueillir le verdict.

Plusieurs avaient secrètement souhaité la mort du roi pour voir sa fille Marie lui succéder. Ils ont perdu espoir, le 10 juin 1688, lorsque la seconde épouse de Jacques a donné naissance au prince Jacques-Édouard. Selon la coutume de primogéniture, il passait au premier rang dans l’ordre de succession, devant ses sœurs Marie et Anne. L’enfant a été baptisé le 15 octobre, avec en plus le pape Innocent XI (pontificat 1676-1689) pour parrain. Pareille insulte à l’Église d’Angleterre, que le roi avait juré de protéger, était plus que les protestants d’Angleterre ne pouvaient supporter[cccxix]. Jacques II courrait désormais un grand danger, alors qu’il pensait que la naissance d’un héritier mâle confortait sa position[cccxx].

Le jour de l’acquittement des prélats, sept leaders des principales factions politiques, dont l’histoire se souviendra sous le nom des Sept Immortels, ont adressé une invitation à Guillaume d’Orange pour lui demander de venir leur porter secours[cccxxi]. Pourquoi ont-ils fait appel au Néerlandais ? Celui-ci était l’époux de Marie Stuart, la prochaine dans l’ordre de succession si l’on en excluait Jacques-Édouard. Guillaume a débarqué avec ses troupes sur les côtes anglaises le 5 novembre 1688. Ébranlés par l’irrésolution de sa propre armée, un millier de soldats auraient déserté, Jacques II a refusé le combat. Il a préféré s’enfuir en France où Louis XIV lui a donné refuge ainsi qu’à Marie de Modène et à leur fils Jacques-Édouard. Aucun sang n’a coulé[cccxxii].

Le 25 décembre 1688, Guillaume d’Orange a convoqué un Parlement Convention semblable à celui qui avait accueilli Charles II en 1660. Il s’est réuni à Westminster le 22 janvier 1689. Son rôle était d’arriver à un règlement constitutionnel avec les nouveaux souverains pressentis, (P. 41) lui-même et Marie Stuart. Pour légitimer la mise à l’écart du jeune prince, Guillaume d’Orange a d’abord fait valoir que le véritable fils de Jacques était mort-né, que l’enfant présenté lui avait été substitué immédiatement après sa mort[cccxxiii]. Son jeune âge a par la suite été évoqué. On avouera plus tard la véritable raison, à savoir qu’aucun autre catholique ne devrait régner sur l’Angleterre[cccxxiv]. Quant au père, Jacques II, lords et communes ont jugé que le fait de rompre le contrat originel l’unissant au peuple justifiait son renvoi. Il n’était pas nécessaire de le destituer, car il avait laissé le trône vacant en fuyant son royaume[cccxxv]. Jacques, c’était entendu, a clamé tout haut le contraire à partir de sa terre d’exil.

6.        Règlement religieux gouvernant le souverain anglais et son Église

Le règlement religieux actuel gouvernant les relations entre le monarque anglais et son Église date en gros de l’époque qui a suivi la Glorieuse révolution de 1688. Il a cependant été modifié depuis de manière significative par l’introduction de conventions de la Constitution au cours des XVIIIe et XIXe siècles. Ces conventions, qui sont des accords de nature politique qui régissent la manière dont un pouvoir légal doit ou ne doit pas être exercé par son titulaire, exigent du monarque anglais qu’il gouverne en consultation avec ses ministres[cccxxvi]. Dans le cas particulier de l’Église d’Angleterre, cela signifie que le roi ou la reine doit écouter et suivre les avis du Premier ministre du Royaume-Uni quand il nomme les archevêques, évêques et doyens de l’Église d’Angleterre, un pouvoir qui lui a été conféré par la Loi sur la suprématie de 1559[cccxxvii]. Par courtoisie, depuis 1976, le Premier ministre consulte préalablement un comité constitué par l’Église avant de suggérer les noms des personnes qu’il faudrait nommer[cccxxviii].

a)         Présence du clergé au parlement de Westminster

Les archevêques de Cantorbéry et de York, les évêques de Londres, Durham et Winchester, ainsi que 21 autres évêques choisis par ordre d’ancienneté, siègent d’office à la Chambre des lords du parlement de Westminster, ceci afin de s’assurer que le point de vue de l’Église anglicane soit entendu au parlement. Leur nombre a été fixé en 1847 par la Loi sur la juridiction ecclésiastique, aussi connu comme la Loi établissant l’évêché de Manchester[cccxxix], et n’a pas varié depuis lors. Il apparait aujourd’hui dans le Document d’accompagnement du Règlement de la Chambre des lords (Companion to Standing Orders)[cccxxx].

b)        Pouvoir de légiférer en matière religieuse

Depuis que l’évolution du système parlementaire qui l’a transformé en véritable démocratie au cours du XIXe siècle[cccxxxi], des voix se sont élevées pour s’opposer à la présence des prélats anglais à la Chambre des lords, parce qu’elle paraissait incompatible avec la notion de séparation de l’Église et de l’État[cccxxxii]. Toutes les tentatives de réforme en ce sens ont cependant échoué.

Au lieu d’opérer une séparation complète, le parlement anglais, qui jusque là avait exercé une compétence exclusive en matière religieuse, a préféré accorder à l’Église d’Angleterre une large autonomie qui lui a permis de se substituer à lui. En effet, la Loi sur les pouvoirs de l’Assemblée de l’Église d’Angleterre[cccxxxiii] a délégué le pouvoir d’initier toute loi en matière religieuse à l’Assemblée de l’Église d’Angleterre, organisme qui, une fois remanié en 1970, deviendra le Synode général de l’Église d’Angleterre. Au début des années 2010, le Synode général était (P. 42) composé de 734 personnes : 387 étaient des membres du clergé ; 342 étaient des laïcs élus pour une période de cinq ans ; et cinq autres avaient été cooptées par les premières[cccxxxiv].

Le Synode jouit de vastes pouvoirs. Il propose ce que la loi appelle des mesures qui sont ensuite soumises au parlement pour son approbation, mais sans que celui-ci puisse les modifier. Il doit donc les approuver ou les rejeter telles que présentées par le Synode général. Ces mesures, une fois approuvées par les lords et les communes, puis sanctionnées par le souverain, possèdent la même force et ont les mêmes effets que les lois du parlement[cccxxxv].

Le rôle du gouvernement dans le domaine religieux se limite à aider le passage de la législation proposée par le Synode général de l’Église d’Angleterre, mais sans en prendre la responsabilité. Autrement dit, le refus du parlement d’adopter les mesures en question ne remet pas en cause la confiance des communes envers le gouvernement, pour éventuellement provoquer sa chute[cccxxxvi].

C’est le clergé anglais qui a proposé la réforme de 1919. Il souhaitait assurément un plus grand contrôle. Toutefois, la principale raison qui l’a motivé était le peu de temps dont le parlement disposait pour étudier et adopter la législation en matière religieuse. En effet, au tournant du XXe siècle, le gouvernement monopolisait de plus en plus l’agenda des communes. L’étude des lois intéressant l’Église était le plus souvent suspendue sinon complètement abandonnée. Pour convaincre le gouvernement et ses collègues de la Chambre des lords de l’utilité d’un changement, l’archevêque de Cantorbéry Randal Davidson, en déposant le projet de Loi sur les pouvoirs de l’Assemblée de l’Église d’Angleterre, a donné l’exemple d’une loi qui avait exigé 12 ans pour compléter son adoption. Le parrain de la réforme aux communes, le député Edward Beauchamp, a remarqué pour sa part que seulement 33 des 217 projets de loi sur la religion avaient réussi leur passage au parlement[cccxxxvii].

c)         Religion du monarque anglais, de son conjoint et de ses héritiers

La Déclaration des droits adoptée par le parlement pendant l’année 1689 a condamné les abus du règne de Jacques II, particulièrement la restauration du catholicisme et l’établissement d’un gouvernement arbitraire. Cette loi précisait que ceux qui adhèrent à la religion catholique, ou reçoivent la communion selon le rite catholique, ou encore épousent un catholique, deviennent inaptes à gouverner et sont exclus de la succession à la Couronne pour toujours[cccxxxviii]. À l’époque, on espérait ainsi se mettre à l’abri d’une réclamation faite par le fils de Jacques II, le prince Jacques-Édouard, comme de ses héritiers éventuels. La Loi d’établissement de 1714 a renouvelé cette prescription lorsqu’elle a introduit la maison de Hanovre dans l’ordre de succession à la Couronne de Grande-Bretagne[cccxxxix].

L’article 37 des Trente-neuf Articles, qui codifie la doctrine anglicane depuis le règne d’Élisabeth Ire, prescrit que le souverain est également le Gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre, mais non son chef qui est Jésus-Christ. Il exerce le pouvoir ultime dans ce royaume et ses autres possessions, tant pour les affaires civiles que religieuses, sans être soumis de quelque manière à un souverain étranger[cccxl]. Le serment de couronnement adopté en 1688 par le parlement et administré par l’archevêque de Cantorbéry lui impose d’ailleurs de faire observer la religion réformée conformément aux seules coutumes et lois du parlement[cccxli]. Cela signifie-t-il qu’il doive absolument communier selon les rites de l’Église sous sa protection ? Pas nécessairement ! Lorsqu’il est arrivé sur le trône de Grande-Bretagne à l’âge de 54 ans, George Ier de Hanovre (P. 43) (règne 1714-1727) était certes un protestant, mais de la branche appelée luthéranisme ou Église luthérienne. Néanmoins, malgré quelques voix discordantes, les Anglais, à commencer par l’archevêque d’York William Dawes, n’ont pas considéré qu’il existait une opposition doctrinale fondamentale entre l’anglicanisme et le luthéranisme[cccxlii]. L’arrivée de la maison de Hanovre a été en outre facilitée par la Loi sur la tolérance religieuse de 1689[cccxliii] qui légalisait en Angleterre les diverses confessions protestantes : presbytérienne, baptiste, quaker et congrégationaliste. S’il est toujours contraire au serment de couronnement du monarque anglais qu’il pratique autre chose que la religion réformée sous toutes ses variantes, il ne pourrait certainement pas être ou devenir catholique, car cela enfreindrait la Déclaration des droits de 1689 comme l’Acte d’établissement de 1701.

La Loi sur la succession à la Couronne de 2013 a modifié les règles gouvernant la pratique religieuse au sein de la famille royale britannique[cccxliv] ; elle a effectivement supprimé l’interdiction faite au monarque d’épouser une personne de foi catholique, interdiction qui remontait également à la Déclaration des droits de 1689 et à l’Acte d’établissement de 1701[cccxlv]. Cela dit, il reste impensable que le monarque anglais adhère au catholicisme, du moins tant qu’il demeure le gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre[cccxlvi].

Les responsabilités du souverain anglais dans les domaines civils et religieux sont inséparables. Il devient le gouverneur suprême de l’Église de par sa fonction comme chef de l’État. Aucune autre condition n’est requise. La manière dont il se comporte dans sa vie personnelle n’a conséquemment aucune importance. Certes, plusieurs d’entre eux ont autrefois mené une vie dissolue. Toutefois, on s’attend aujourd’hui du monarque qu’il se conduise de façon exemplaire, autrement dit qu’il représente un modèle à suivre pour tous ses sujets[cccxlvii]. Ce changement d’attitude s’explique par le fait que la monarchie britannique continue d’exister en raison de l’appui dont elle dispose au sein de la population. Elle est soumise à un référendum permanent qui est né et se poursuit de pair avec les mœurs démocratiques[cccxlviii].

Conclusion

Les Britanniques sont tiraillés entre leur respect instinctif des traditions et leur ambition de suivre l’évolution des mœurs.

La reine ou le roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord est à la fois un chef d’État et un chef religieux. Aucun changement à ce sujet n’est envisagé dans l’immédiat. Pour le gouvernement britannique, l’Église d’Angleterre doit demeurer la religion officielle de l’Angleterre avec son souverain comme gouverneur suprême. Il considère que la relation entre l’Église et l’État anglais, résultat d’une évolution plusieurs fois centenaire, représente une part importante de son régime constitutionnel. Le gouvernement n’a donc pas l’intention de le modifier, à moins que l’Église d’Angleterre elle-même en fasse la demande[cccxlix].

Le gouvernement britannique ne veut pas non plus éliminer la participation du clergé anglican à la Chambre des lords, toujours par respect de la tradition, mais aussi en raison de son importance culturelle et démographique[cccl]. Cette participation des prélats, rappelons-le, remonte à l’époque du Witan et à la seconde implantation du christianisme aux VIIe et VIIIe siècle, pour se poursuivre après la naissance du parlement au XIIe siècle et jusqu’à aujourd’hui, sauf pour l’intermède causé par la Guerre civile et la République de Cromwell, entre 1642 et 1660.

(P. 44) Néanmoins, le sens de la justice des Britanniques les incite à adapter leurs institutions, notamment la Chambre des lords, pour qu’elles reflètent davantage la société britannique actuelle[cccli]. Or, celle-ci compte désormais un grand nombre de citoyens adhérant à plusieurs religions et même à aucune religion. Lors du dernier recensement de 2011 pour l’Angleterre et le Pays de Galles, sur un total de 56 076 000 habitants, 59,35 se disaient chrétiens, 4,8% musulmans, 1,5% hindous, 0,8% sikhs, 0,6% juifs, 0,5% bouddhistes (0,5%), alors que 7,3% n’ont pas voulu dévoiler leur religion et 35,2% affirmaient n’avoir aucune religion[ccclii].

Comme le Gouvernement affirme vouloir conserver une représentation de l’Église anglicane à la Chambre des lords, qui se monte actuellement à 26 membres, tout compromis ne peut que porter sur la représentation au parlement de cette partie de la population qui possède une spiritualité différente. Le comité de la Chambre des lords, mis sur pied pour étudier de tels changements, a donc suggéré que l’on identifie et choisisse des chefs religieux, des moralistes et des penseurs laïcs qui pourraient, à titre de lords du parlement, contribuer à ses travaux lorsque ceux-ci ont des implications éthiques ou morales[cccliii]. Le gouvernement s’objecte cependant à leur réserver des sièges qu’ils occuperaient de plein droit, pour la raison que nombre de confessions ne possèdent pas une structure hiérarchique qui permettrait d’identifier leurs dirigeants naturels[cccliv].

Très peu a donc changé dans ce pays du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord qui voit dans le respect de ses traditions autant une règle de prudence que l’amour de son histoire.

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NOTES

[i] F. STENTON, Anglo-Saxon England, 3e éd., Oxford University Press, Oxford, 1971, p. 1 et 2 ; A. WILLIAMS, Kingship and Government in Pre-Conquest England, c. 500-1066, London, MacMillan Press, 1999, p. 2 à 9.

[ii] L’histoire de la naissance de l’Église d’Angleterre a été relatée par le moine Bède en l’an 731. Son ouvrage a été traduit en langue anglaise et reproduit sous le titre BEDE, Ecclesiastical History of the English People, éd. révisée, London, Penguin Books, 1990, p. 72.

[iii] Id., p. 63.

[iv] H.J. BERMAN, Law and Revolution ; The Formation of the Western Legal Tradition, Cambridge, Harvard University Press, 1983, p. 62 et 63.

[v] BÈDE, préc. note 2, p. 75 et 76.

[vi] Id., p. 113 et 114.

[vii] Id., p. 90 et 91.

[viii] Id., p. 125 à 128.

[ix] Id., p. 147 et 148.

[x] Id., p. 144 à 146.

[xi] Id., p. 186 à 192.

[xii] STENTON, préc. note 1, p. 133, 145 et 146.

[xiii] Id., p. 113, 115, 145.

[xiv] BÈDE, préc. note 2, p. 212 à 215.

[xv] G.W. COX, The Life of Saint Boniface, Archbishop of Mayence, and Apostle of Germany, London, imprimé par Joseph Masters, , p. 22 et 23.

[xvi] Id., p. 55, 56 et 67.

[xvii] WILLIAMS, préc. note 1, p. 12.

[xviii] B. CARRUTHERS (éd.), The Anglo-Saxon Chronicle Illustrated and Annotated, Barnsley (South Yorkshire), CodaBooksd Ltd, 2014, années 871, 878, 885 et 886, p. 107 à 113.

[xix] Id., année 827, p. 96 et 97.

[xx] Id., années 885 et 886, p. 112 et 113.

[xxi] Id., année 901, p. 121.

[xxii] « And many of the people sumitted to him (le roi Edouard du Wessex), who were before under the power of Danes   who had been under the rule of the Danes. » Id., année 913, p. 124. Voir aussi les années 918, 920, 927 et 937, p. 125 à 132.

[xxiii] Id., année 926, p. 131.

[xxiv] A. LESTREMAU, « Rex Anglorum ou Rex Britannie : l’utilisation du concept de peuple dans la politique des rois anglo-saxons au Xe siècle », Revue de l’IFHA (en ligne), vol. 6, 2014, p. 2 et 3 ; H.M. THOMAS, The English and the Normans ; Ethnic Hostility, Assimilation, and Identity 1066-c.1220, Oxford, Oxford University Press, 2003, p. 23.

[xxv] WILLIAMS, préc. note 1, p. 11 ; P. WORMALD, « Bede, the Bretwaldas and the Origins of the Gens Anglorum », dans Ideal and Reality in Frankish and Anglo-Saxon Society, P. Wormald et autres (éds.), Oxford. 1983, p. 120 à 122.

[xxvi] THOMAS, préc. note 24, p. 27 et 31.

[xxvii] WILLIAMS, préc., note 1, p. 122.

[xxviii] THOMAS, préc. note 24, p. 25.

[xxix] WILLIAMS, préc. note 1, p. 57.

[xxx] La Bible, Samuel 1 et 2 et Rois 1 et 2.

[xxxi] WILLIAMS, préc., note 1, p. 57.

[xxxii] J.M. KEMBLE, Chartae Anglosaxonicae, London, Samuel Bently, 1839, p. 3.

[xxxiii]Charters and Laws, dans D. WHITELOCK (éd.), English Historical Documents, vol. 1 (500-1042), 2e éd., London, Routletge, 1979, p. 483, 484, 489, 493, 501, 505, 508, 510, 525, 529, 541, 566, 571 et 582.

[xxxiv] STENTON, préc. note 1, p. 552 et 553.

[xxxv] J.R. MADDICOTT, The Origins of the English Parliament 924-1327, Oxford, Oxford University Press, 2010, p. 1 à 4.

[xxxvi] T. SYMONS (traducteur), The Monastic Agreement of the Monks and Nuns of the English Nation : Regularis Concordia, Oxford, Oxford University Press, 1953.

[xxxvii] Anglo-Saxon Chronicles, préc., note 18, années 685, 780, 959, 963, 964, 1048, p. 75, 88, 137, 140, 141, 189 et 190.

[xxxviii] Id., année 1050, p. 195 à 198.

[xxxix] STENTON, préc. note 1, p. 545, 546 et 547.

[xl]Voir le règne des rois Athelstan, roi en 924 puis sacré en 925, Edgard, roi en 959 puis sacré en 973, et Ethelred, roi en 978 puis sacré 979, Anglo-Saxon Chronicles, préc., note 18, p. 130, 131, 137, 142, 143, 145 et 146.

[xli] Le mot nicolaïsme fait allusion à la doctrine des Nicolaïtes dont parle La Bible dans l’Apocalypse II, 6 et 15.

[xlii] Le mot simonie réfère pour sa part au magicien Simon dont parle La Bible dans les Actes des apôtres VIII, 12 et 24.

[xliii] S. GOUGUENHEIM, La réforme grégorienne, Paris, Éditions du Temps Présent, 2010, p. 16 et 17.

[xliv] Un concile est une assemblée d’évêques qui se réunit sous l’autorité d’un archevêque, d’un pape ou d’un monarque pour étudier et prendre des décisions concernant des sujets d’intérêt pour l’Église. Il est qualifié d’œcuménique quand tous les évêques du monde chrétien sont convoqués.

[xlv] Concile de Chalcédoine, canon II, dans G. ALBERIGO, Les conciles œcuméniques ; Les décrets, Tome II-1 (Nicée I à Latran V), Paris Éditions du Cerf, 1994, p. 202 et 203.

[xlvi] GOUGUENHEIM, préc., note 43, p. 191.

[xlvii] Anglo-Saxon Chronicles, préc., note 18, année 1042, p. 280.

[xlviii] W.R.W. STEPHENS, The English Church from the Norman Conquest to the Accession of Edward I (1066-1272), New York, AMS Press, 1901, p. 79.

[xlix] GOUGUENHEIM, préc. note 43, p. 194.

[l] Concile du Latran I, canon I, Concile du Latran II, canons 1 et 2, ALBERIGO, préc. note 45, p. 417 et 433.

[li] Concile de Florence, session VIII, ALBERIGO, préc. note 45, p. 1111.

[lii] GOUGUENHEIM, préc. note 43, p. 195.

[liii] Concile de Constance, session XLIII, Concile de Latran V, session V, ALBERIGO, préc. note 45, p. 923 et 1227.

[liv] Concile de Nicée I, canon III, ALBERIGO, préc. note 44, p. 39.

[lv] GOUGUENHEIM, préc. note 43, p. 196 et 197.

[lvi] Id., p. 196.

[lvii] G. de POITIERS, Les gesta guillelmi ducis normannorum et regis anglorum, 1071, traduit par R. Foreville sous le titre Histoire de Guillaume le Conquérant, Paris, Édition Les Belles Lettres, 1952, p. 153.

[lviii] D. WHITELOCK, M. BRETT ET C.N.L. BROOKE (éds.), Councils and Synods with Other Documents Relating to the English Church, vol. I (871-1204), 2e partie, Oxford, Oxford University Press, 1981, p. 619.

[lix] Id., p. 675.

[lx] Concile du Latran I, canon 7, ALBERIGO, préc. note 45, p. 419.

[lxi] Concile du Latran II, canon 6, ALBERRIGO, id., p. 435.

[lxii] BERMAN, préc. note 4, p. 91 et 92 ; GOUGUENHEIM, préc. note 43, p. 196 et 197.

[lxiii] M. BALARD, J.-P. GENET et M. ROUCHE, Le Moyen Âge en Occident, nouv. éd., Paris, Hachette, 2003, p. 130.

[lxiv] J. Le GOFF, La civilisation de l’Occident médiéval, Paris, Éditions Flamarion, 2008, p. 71 et 72.

[lxv] Supra, note 50.

[lxvi] STEPHENS, préc. note 48, p. 297.

[lxvii] C.N.L. BROOKE, « Gregorian Reform in Action : Clerical Marriage in England, 1050-1200 », (1956) 12 American Society of Church History 1, p. 15 ; R. BARTLETT, England Under the Norman and Angevin Kings 1075-1225, Oxford, Clarendon Press, 2000, p. 385.

[lxviii] Concile du Latran III, canon 11, ALBERIGO, préc. note 45, p. 469.

[lxix] Concile de Bâle, session XX, ALBERIGO, id., p. 999.

[lxx] Y-M. HILAIRE, Histoire de la papauté ; 2000 ans de mission et de tribulations, Paris, Éditions Tallandier, 2003, p. 253 et 254.

[lxxi] G.D.G. HALL (éd. et trad.), The Treatise on the Laws and Customs of the Realm of England Commonly Called Glanvill, Oxford, Clarendon Press, 1965, p. 88 (livre VII, ligne 16 du traité original rédigé entre 1187 et 1189).

[lxxii] D.M. STENTON (éd.), The Earliest Lincolnshire Assize Rolls, 1202-1209, Lincoln, Lincoln Record Society, 1926, document numéro 404, p. 69 et 70.

[lxxiii] L. JERPHAGNON, Histoire de la Rome antique ; Les armes et les mots, 4e éd., Paris, Tallandier éditions, 2002, p. 482.

[lxxiv] HILAIRE, préc. note 70, p. 68.

[lxxv] Y. SASSIER, Royauté et idéologie au Moyen Âge ; Bas-Empire : Monde franc. France (IVe-XIIe siècle), Paris, Armand Colin, 2002, p. 19 et 20.

[lxxvi] JERPHAGNON, préc., note 73, p. 261 et 262.

[lxxvii] C. PIETRI, « La politique de Constance II : un premier Césaropapisme ou l’imitatio constantini », dans C. PIÉTRI (dir.), Christiana Republica : Éléments d’une enquête sur le christianisme antique, vol. 1, Vandoeuvres-Genève, Publications de l’École française de Rome (234), 1989, surtout p. 316 et 317.

[lxxviii] Id., p. 494 et 495.

[lxxix] Id., p. 491 à 493.

[lxxx] ALBERIGO, préc. note 45, p. 29, 67, 99, 177, 237, 275, 295 et 349.

[lxxxi] HILAIRE, préc. note 70, p. 106.

[lxxxii] Id., p. 143.

[lxxxiii] Id., p. 144 à 146.

[lxxxiv] C.J. HÉFÉLÉ, Histoire des conciles d’après les documents originaux, tome 5, Abbé Delarc (trad.), Paris, Adrien Leclere et Cie éditeurs, 1870, p. 101, 105, 113 et 131.

[lxxxv] Id., p. 114 et 169. Lire aussi F. CLOSE, « La pensée théologico-politique de Charlemagne, Culture, magazine culturel en ligne de l’Université de Liège, septembre 2012, p. 1-14.

[lxxxvi] GOUGUENHEIM, préc. note 43, p. 46 et 47.

[lxxxvii] F. PETRUCELLI DELLA GATTINA, Histoire diplomatique des conclaves, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et cie, éditeurs, 1864, p. 27. Avant de mourir, son vieux père, Théodoric le Grand (règne 474-526), avait été le dernier empereur qui ait un nouveau pape, s’agissant de Félix IV (pontificat 526-530) : HILAIRE, préc. note 70, p. 100.

[lxxxviii] GOUGUENHEIM, préc. note 43, p. 46 et 47.

[lxxxix] Marc, XII, 13-17; Matthieu, XXII,21; Luc, XX, 25.

[xc] G.B. BOSSUET, L’enseignement de l’Église catholique sur le dogme et sur la morale, tome 3, Paris, Imprimerie de Sétier, 1804, p. 149.

[xci] L. BAUNARD, Histoire de Saint Ambroise, 2e éd., Paris, Librairie Poussielgue Frères, 1872, p. 287.

[xcii] Id., p. 511 et 512.

[xciii] Lettre de Gélase Ier à Anastase Ier, année 494, cité dans HILAIRE, préc. note 70, p. 95.

[xciv] HÉFÉLÉ, préc. note 84, tome 6, p. 379 et 380.

[xcv] Dictatus papae, traduction française par GOUGUENHEIM, préc. note 43, p. 104 et 105.

[xcvi] HÉFÉLÉ, préc. note 84, tome 6, p. 579.

[xcvii] Letter from Pope Gregory VII to William I, 8 mai 1080, dans D.C. DOUGLAS ET G.W. GREENAWAY, English Historical Documents, vol. 2 (1042-1189), 2e éd., London, Routletge, 1981, p. 692 et 693.

[xcviii] Supra note 56 et le texte qui l’accompagne.

[xcix] Writ of William I concerning spiritual and temporal courts, DOUGLAS et GREENAWAY, préc. note 97, p. 647 et 648.

[c] G.J. THOMPSON, « Anglo-American Judicial System », (1932) 17 Cornell Law Review 395, p. 403.

[ci] BERMAN, préc. note 4, p. 261 et 262.

[cii] Letter from William I to Pope Gregory VII, 1080, DOUGLAS et GREENAWAY, préc. note 97, p. 693 et 694.

[ciii] W. STUBBS, Select Charters and Other Illustrations of English Constitutional History from the Earliest Times to the Reign of Edward the First, 9e éd., Oxford, Clarendon Press, 1921, p. 95 à 99. Le moine Eadmer, un contemporain du roi Guillaume Ier, a également commenté cette législation. Lire BERMAN, préc. note 4, p. 436 et 437, ainsi que J. LINGARD, Histoire d’Angleterre, tome 1, Paris, Charpentier Libraire-Éditeur, 1843, p. 331 et 332.

[civ] W.L. WARREN, Henry II, Berkely et Los Angeles, University of California Press, 1977, p. 405.

[cv] BARTLETT, préc., note 67, p. 400.

[cvi] GOUGUENHEIM, préc. note 43, p. 201.

[cvii] En 1087, à la mort du Conquérant, il ne restera plus en Angleterre que trois évêques et trois abbés anglo-saxons sur un total de 19 évêques et 37 abbés : BARTLETT, préc., note 67, p. 395 et 417 ; P. MAURICE, Guillaume le Conquérant, Paris, Flammarion, 2002, p. 209 à 211.

[cviii] M. MORRIS, The Norman Conquest, London, Windmill Books, 2013, p. 236 à 238.

[cix] C.W. HILLISTER, «The Significance of Scutage Rates in Eleventh- and Twelfth-Century England», (1960) CCXCVII English Historical Review 577, p. 578, 579 et 583.

[cx] R. of WENDOVER’S, Flowers of History : The History of England from the Descent of the Saxons to A.D. 1235, vol. I, London, Henry G. Bohn, 1849, p. 338.

[cxi] « [Notre traduction] Guillaume, roi des Anglais, à Aethelwig, abbé de Evesham, salut. Je vous ordonne de convoquer tous ceux qui sont sous votre administration et juridiction afin qu’ils viennent me rencontrer à Clarendon le jour de la Pentecôte, accompagnés des chevaliers convenablement équipés qu’ils me doivent. Vous-aussi, ce même jour, devez venir me rencontrer avec les cinq chevaliers complètement équipés que vous me devez en raison de votre abbaye. » Summons to the feudal host, 1072, DOUGLAS et GREENAWAY, préc. note 97, p. 960.

[cxii] STENTON, préc. note 72, p. 634 et 635.

[cxiii] BARTLETT, préc., note 67, p. 164. Voir aussi, à titre d’exemple, Charter of Henry I concerning the payment of scutage from the barony of the bishop of Ely, 1127, DOUGLAS et GREENAWAY, préc. note 97, p. 989 et 990.

[cxiv] Concile de Nicée I, canon IV, ALBERIGO, préc. note 45, p. 39.

[cxv] Concile de Nicée II, canon III, et Concile de Constantinople, canon XXII, ALBERIGO, id., p. 313, 399 et 400.

[cxvi] HÉFÉLÉ, préc. note 84, tome 6, p. 579.

[cxvii] Id., tome 7, p. 9, 36 et 66.

[cxviii] Propos cités dans BARTLETT, préc., note 67, p. 407.

[cxix] The Constitutions of Clarendon, 1164, art. 11, DOUGLAS et GREENAWAY, préc. note 97, p. 769.

[cxx] Trial of William of St Calais, bishop of Durham, in the court of William II, 1088, id., p. 652 et 662.

[cxxi] GOUGUENHEIM, préc. note 43, p. 201.

[cxxii] HÉFÉLÉ, préc. note 84, tome 7, p. 74.

[cxxiii] WENDOVER, vol. I, préc. note 110, p. 461. Lire également BERMAN, préc. note 4, p. 437, ainsi que U.-R. BLUMENTHAL, The Investiture Controversy ; Church and Monarchy from the Ninth to the Twelfth Century, Philadelphia, University of Philadelphia Pressa, 1988, p. 157 à 159.

[cxxiv] HÉFÉLÉ, préc. note 84, tome 7, p. 174 à 177.

[cxxv] Trial of William of St Calais, bishop of Durham, in the court of William II, préc., note 120 ; Procès d’Odo, évêque de Bayeux, à la Cour de Guillaume Ier, 1082, dans O. VITALIS, Ecclesiastical History of England and Normandy, vol. 2, T. Forester (trad.), London, Henry G. Bonh, 1854, p. 375.

[cxxvi] ANONYME, Leges Henrici Primi, rédigé aux environs de 1115, chap. 57, par. 9a, reproduit dans J.L. DOWNER, Oxford, Clarendon Press, 1972, p. 179.

[cxxvii] WARREN, préc. note 104, p. 462 et 463 ; A HARDING, The Law Courts of Medieval England, London, George Allen & Unwin Ltd, 1973, p. 43.

[cxxviii] Charter of Stephen addressed generally, 1136, DOUGLAS et GREENAWAY, préc. note 97, p. 435.

[cxxix] E. MAXEY, « The Ecclesiastical Jurisdiction in England », (1905) 3 Michigan Law Review 360, p. 361.

[cxxx] D. JONES, Les Plantagenêts, Paris, Flammarion, 2015, p. 80.

[cxxxi] Writ of William I concerning spiritual and temporal courts, DOUGLAS et GREENAWAY, préc. note 97, p. 647 et 648.

[cxxxii] HALL, préc. note 71, p. 3.

[cxxxiii] STEPHENS, préc. note 48, p. 165.

[cxxxiv] Charter of Henry II addressed generally, 1154, DOUGLAS et GREENAWAY, préc. note 97, p. 439 et 440.

[cxxxv] The Constitutions of Clarendon, 1164, art. 3, id., p. 766 à 770.

[cxxxvi] Id., arts. 3 et 8, p. 767 à 769.

[cxxxvii] BERMAN, préc. note 4, p. 257.

[cxxxviii] WENDOVER, vol. I, préc. note 110, p. 543.

[cxxxix] Lire BERMAN, préc. note 4, p. 258, pour un résumé du débat parmi les historiens du droit.

[cxl] Cette citation pourrait être apocryphe. Il semble néanmoins qu’Henri eut souhaité la mort de l’archevêque devant témoins, sans toutefois aller jusqu’à demander son assassinat. Lire JONES, préc. note 130, p. 92. Lire également R. of WENDOVER’S, Flowers of History : The History of England from the Descent of the Saxons to A.D. 1235, vol. II, London, Henry G. Bohn, 1849, p. 12 à 18.

[cxli] Alexandre III (pontificat 1159-1181) canonisera Thomas Becket en mars 1173, trois années après son meurtre.

[cxlii] WARREN, préc. note 104, p. 532 et 533.

[cxliii] J. le BRETON, Britton : an English translation and notes, F.M. Nichols (trad.), Washington D.C., John Byrne & Co., 1901, p. 24.

[cxliv] J. BODIN, De la république ; Traité de Jean Bodin ou traité du gouvernement, Londres, publié chez la Veuve Quillau, 1756, p. 266.

[cxlv] Magna Carta, 1215 (version française), dans A. ÉMOND, Constitution du Royaume-Uni, des origines à nos jours, Montréal, Wilson & Lafleur, 2009, p. 507.

[cxlvi] MADICOTT, préc. note 35, p. 75.

[cxlvii] H.G RICHARDSON et G.O. SAYLES, « The Earliest Known Official Use of the Term Parliament », (1967) 82 English Historical Review 747, p. 747 à 750.

[cxlviii] R. SHEPHERD, Westminster : A Biography, From Earliest Time to the Present, London, Bloomsbury, 2012, p. 38, 39, 45 et 46 ; J. FIELD, The Storey of Parliament in the Palace of Westminster, London, Politico’s Publishing, 2002, p. 41 à 54. Consultez également le livre de MADDICOTT, préc. note 35.

[cxlix] On peut lire à ce sujet B. COTTRET, Histoire de la réforme protestante, XVIe-XVIIIe siècle, Paris, Perrin, 2001.

[cl] Id., p. 34 et 35.

[cli] Id., p. 39.

[clii] Id., p. 45 et 46.

[cliii] Henri VIII, Défense des sept sacrements, publiée contre Martin Luther, R.J. Pottier (trad.), Paris, Imprimerie et Librairie de Lainé Frères, 1850.

[cliv] The king’s style defined by statute, C.H. WILLIAMS (éd.), English Historical Documents, vol. 5 (1485-1558), London, Eyre & Spottiswoode, 1967, p. 474.

[clv] « [Notre traduction] Élisabeth II, par la grâce de Dieu, reine du Royaume-Uni, de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et de ses autres royaumes et territoires, chef du Commonwealth, défenseur de la Foi » Proclamation du 28 mai 1953 adoptée en vertu de la Loi sur les titres royaux de 1953 (Royal Titles Act 1953), 1 & 2 Eliz. 2, c. 9.

[clvi] La Bible, Lévitique 20:21.

[clvii] AUTEUR INCONNU, Chronicle of King Henry VIII of England (écrit datant du règne d’Henri VIII), London, George Bell and Sons, 1889, p. 4, note infrapaginale 1.

[clviii] Henry VIII’s Scrupulus Conscience, WILLIAMS, préc. note 154, p. 706 à 709.

[clix] B. COTTRET, Henri VIII, Paris, Éditions Payot & Rivages, 1999, p. 117 à 165.

[clx] T. BORMAN, Thomas Cromwell ; The Untold Storey of Henry VIII’s most Faithful Servant, London, Hodder & Stoughton, 2014, p. 15 à 21.

[clxi] Loi pour l’interruption des appels à Rome (An act in restreint of appeals to Rome), (1533) 24 Hen. 8, c. 12. Cette loi est reproduite dans WILLIAMS, préc. note 154, p. 738 à 741.

[clxii] G. de MONTMOUTH, Histoire des rois de Bretagne, L. Mathey-Maille (trad.), Paris, Les Belles Lettres, 1992.

[clxiii] Id., p. 227 à 230 (p. 160 à 162 de l’édition originale du livre de Monmouth).

[clxiv] COTTRET, préc. note 159, p. 215.

[clxv] BODIN, préc., note 144.

[clxvi] Loi sur les titres royaux (The King’S Style), (1543) 35 Hen. 8, c. 3.

[clxvii] Id., p. 224.

[clxviii] The Divorce, 5 avril 1533, dans J.S. BREWER, Letters and Papers Foreign and Domestic, of the Reign of Henry VIII, vol. 6 (1533), London, Editions James Gairdner, 1882, document 311, p. 145 et 146.

[clxix] Cranmer’s sentence of divorce, WILLIAMS, préc. note 154, p. 718 et 719.

[clxx] BORMAN, préc. note 160, p. 150.

[clxxi] The papal sentence, 11 juillet 1533, BREWER, préc. note 168, vol. 6, Appendice, document 3, p. 682.

[clxxii] Loi de præmunire (Statute of præmunire), 16 Ric. 2, c. 5.

[clxxiii] H. WORSLEY, The Dawn of the English Reformation : Its Friends and Foes, London, Elliot Stock, 1890, p. 295. Voir aussi Chapuys à Charles Quint, 22 mai 1531, BREWER, préc. note 168, vol. 5, document 251, p. 114 et 115.

[clxxiv] Loi concernant le pardon accordé par le roi aux clercs de la province de Cantorbéry pour leur délit de præmunire (An Act concerning the pardon granted to the king’s spiritual subjects of the province of Canterbuty for the de præmunire), (1531) 22 Hen. 8, c. 15.

[clxxv] Loi sur la suprématie (An Act concerning the King’s Highness to be Supreme Head of the Chuch of England, and to have Authority to redress all Errors, Heresies, and Abuses in the same), (1533) 26 Hen. 8, c. 1.

[clxxvi] Loi pour la soumission du clergé (An Act for the Submission of the Clergy to the King’s Majesty), (1534) 25 Hen. 8, c. 19 ; Loi pour empêcher le paiement des annates (An Act restraining the payment of annates), (1534) 25 Hen. 8, c. 20 ; Loi exonérant de tout paiement devant être versé au Saint Siège de Rome (An Act for the exoneration from exactions paid to the see of Rome), (1534) 25 Hen. 8, c. 21 ; Loi abrogeant l’autorité du pape (An Act extinguishing the Authority of the Bishop of Rome), (1536) 28 Hen. 8, c. 10 ; Loi autorisant le roi à nommer les évêques (An Act for the King to make bishops), (1539) 31 Hen. 8, c.9.

[clxxvii] Loi sur la dissolution des monastères (no. 1 et no. 2) (First and Second Act for the Dissolution of monasteries), (1535) 27 Hen. 8, c 28 et (1539) 31 Hen. 8. c 13.

[clxxviii] COTTRET, préc. note 159, p. 293.

[clxxix] Dissolution of the Monasteries, dans J.A. WAGNER et S.W. SCHMID (éds.), Encyclopedia of Tudor England, vol. 1 (A-D), Oxford, ABC-CLIO, 2012, p. 351 et 352 ; E. PICTON, Histoire de l’Église d’Angleterre de la Réforme à nos jours, Paris, Ellipses, 2006, p. 16 à 18.

[clxxx] Conditions in religious houses, c. 1518, illustrated from episcopal visitations, WILLIAMS, préc. note 154, p. 762 à 770.

[clxxxi] Aske’s Examination, (1890) 5 English Historical Review 550, p. 561 et 562.

[clxxxii] D.L. SMITH, « The House of Lords, 1529-1629 », dans A Short History of Parliament, C. JONES (éd.), Woodbridge (Suffolk), Boydell Press, 2009, p. 29 à 31.

[clxxxiii] FIELD, préc. note 148, p. 75 et 76.

[clxxxiv] « And further we (Henri VIII) be informed by our judges that we at no time stand so highly in our estate royal as in the time of Parliament, wherin we as head and you as members are conjoined and knit together into one body politic… » Ferrer’s Case, 1542, 1523, G.R. ELTON (éd.), The Tudor Constitution : Documents and Commentary, 2e éd., Cambridge, Cambridge University Press, 1982, document 129, p. 275 à 277.

[clxxxv] « The sovereignty of Parliament is (from a legal point of view) the dominant characteristic of our political institutions. » A.V. DICEY, Introduction to the Study of the Law of the Constitution, 9e éd., London, McMillan and Co., 1945 p. 39.

[clxxxvi] G. MINOIS, Henri VIII, Paris, Fayard, 1989, p. 395 et 396.

[clxxxvii] COTTRET, préc. note 159, p. 294.

[clxxxviii] The Ten Articles 1536, WILLIAMS, préc. note 154, p. 795 à 805.

[clxxxix] The second Royal Injunctions of Henry VIII, 1538, art. 2, ibid., p. 811.

[cxc] Loi pour abolir la diversité des opinions (An act abolishing diversity in opinions), (1539) 31 Hen. 8, c. 14.

[cxci] The King’s Book, 1543, ibid., p. 817 à 819.

[cxcii] P. MARSHALL, « Is the Pope Catholic ? Henry VIII and the semantics of schism », dans E.H. SHAGAN (éd.), Catholics and the ‘Protestant nation’ ; Religious Politics and Identity in Early Modern England, Manchester, Manchester University Press, 2005, p. 22 à 48.

[cxciii] Loi sur la succession (An Act for the Establishment of the King’s Succession), (1534) 25 Hen. 8, c. 22.

[cxciv] Loi sur la succession (An Act for the Establishment of the Succession of the Imperial Crown of this Realm), (1536) 28 Hen. 8, c. 7.

[cxcv] Loi sur la succession (An Act concerning the Establishment of the King’s Majesty’s Succession in the Imperia Crown of the Realm), (1534) 35 Hen. 8, c. 1.

[cxcvi] Arrangements for minority of Edward VI, WILLIAMS, préc. note 154, p. 471 à 474.

[cxcvii] J. LOACH, Edward VI, New Haven (Conn.), Yale University Press, 1999, p. 25 à 27. Lire également M. DUCHEIN, Élisabeth Ire d’Angleterre, Paris, Fayard, 1992, p. 62.

[cxcviii] LOACH, id., p. 47 et 50.

[cxcix] Id., p. 50.

[cc] Id., p. 50 et 51. Lire également D. MacCULLOCH, The Boy King, Edward VI and the Protestant Reformation, New York, Palgrave, 199. P. 77 et 81.

[cci] H. BASKERVILLE WALTON (éd.), The First Book of Common Prayer of Edward VI, Together with the Order of the Communion, 1548, London, Rivingtons, 1869.

[ccii] Loi sur l’uniformité (An Act for the Uniformity of Service and Administration of the Sacrements throughout the Realm), (1548) 2 & 3 Edw. 6, c. 1.

[cciii] Lire de C.B.H., « The First Book of Common Prayer », (1931) 5 Yale University Press 49, p. 50 et 51, ainsi que F.H. CATE, « Thomas Cranmer’s Eucharistic Doctrine and the Prayer Books of Edward VI », (1986) 55 Historical Magazine of the Protestant Episcopal Church 95, p. 103 à 110.

[cciv] The Book of Common Prayer, imprimé par Whitchurch, 1552, commonly called The Second Book of Edward VI, London, réimpression par William Pickering, London, 1844.

[ccv] Loi sur l’uniformité (An Act for the Uniformity of Common Prayer and Administration of the Sacrements), (1552) 5 & 6 Edw. 6, c. 1.

[ccvi] Le texte des articles de 1553 a été reproduit dans C. HARDWICK, A History of the Articles of Religion to Which is Added a Series of Documents from A.D. 1536 to A.D. 1615, Cambridge, Deighton, Bell, and Co., 1859, p. 278 à 333.

[ccvii] Id., p. 74 et 75.

[ccviii] MacCULLOCH, préc. note 200, p. 77 et 89.

[ccix] Cette prescription sur la communion avait déjà été décidée par la Loi contre ceux qui parle de manière irrévérencieuse contre le sacrement (An Act against such as shall irreverently speak against the sacrament), (1547) 1 Edw. 6, c. 1. Lire également The Order of the Communion, BASKERVILLE WALTON, préc., note 201, p. 844 à 849.

[ccx] A. WHITELOCK, Mary Tudor, England’s First Queen, New York, Penguin Books, 2016, p. 170 à 184 et 209.

[ccxi] Mary’s first Proclamation on religion, 1553, WILLIAMS, préc. note 154, p. 838 à 860.

[ccxii] Loi abrogeant certains statuts adoptés pendant le règne du roi Édouard VI, (1553) 1 Mar., St. 2, c. 2.

[ccxiii] WHITELOCK, préc. note 210, p. 213.

[ccxiv] Loi pour faire revivre les statuts sanctionnant les hérésies (An Act for the reviving of three Statutes made for the Punishment of Heresies), (1554) 1 & 2 Phi. And Mar., c. 6.

[ccxv] Id., art. ix.

[ccxvi] Lire également, à propos des inquiétudes des Anglais à propos de la propriété des terres des couvents et abbayes autrefois confisquées au clergé, Simon Renard to the emperor, 3 September 1554, WILLIAMS, préc. note 154, p. 866, ainsi que The emperor to Don Juan Maurique de Lara, 18 October 1554, WILLIAMS, id., p. 867.

[ccxvii] WHITELOCK, préc. note 210, p. 282 à 292.

[ccxviii] Loi abrogeant tous les statuts adoptés contre l’Église de Rome (An Act repealing all Statutes, Articles and Provisions made against the See Apostolic of Rome, since the twentieth Year of King Henry the Eight ; and also for the Establishment of all Spiritual and Ecclesiastical Possessions and Hereditaments conveyed to the Laity), (1554) 1 & 2 Phi. And Mar., c. 8.

[ccxix] Loi sur le mariage de la reine Marie à Philippe d’Espagne (Act for the Marriage of Queen Mary to Phillip of Spain), 1 Mar. Sess. 3, c. 2. Lire galement D. STARKEY, Elizabeth, New York, HarperCollins Publishers, 2001, p. 167, 168 et 224.

[ccxx] WHITELOCK, pré. note 210, p. 288 à 292 et 313 à 316.

[ccxxi] Id., p. 293 à 297.

[ccxxii] DUCHEIN, préc. note 197, p. 119 et 120.

[ccxxiii] DUCHEIN, id., p. 121 ; WHITELOCK, pré. note 210, p. 327 et 328 ; D. STARKEY, préc. note 219, p. 180, 181, 198 à 200, 224 et 225.

[ccxxiv] DUCHEIN, id., p. 128 et 129.

[ccxxv] Id., p. 158 à 161 ; STARKEY, préc. note 219, p. 236, 243 et 244.

[ccxxvi] The lord Keeper Bacon’s Speech, on opening the Parl., 25 janvier 1559, W. COBBETT (éd.), The Parliamentary History of England from the Earliest Period to the Year 1803 (35 volumes), vol. I (1066-1625), T.C. Hansard imprimeur, London, 1807, surtout p. 637 à 639.

[ccxxvii] DUCHEIN, id., p. 181.

[ccxxviii] Loi sur la suprématie (An Act restoring to the Crown the ancient Jurisdiction over the State Ecclesiastical and Spiritual, and Abolishing all Foreign Power repugnant to the same), (1959) 1 Eliz. 1, c. 1.

[ccxxix] The Settlement of Religion, dans I.W. ARCHER et F. DOUGLAS PRICE (éds.), English Historical Documents, vol. 5A (1558-1603), London, Routledge, 2011, p. 25.

[ccxxx] V. BOGDANOR, The Monarchy and the Constitution, Oxford, Clarendon Press, 1995, p. 218 à 220.

[ccxxxi] Loi sur la suprématie, préc. note 228, art. 14.

[ccxxxii] Id., art. 9.

[ccxxxiii] Id., art. 10.

[ccxxxiv] Loi sur l’uniformité (An Act for the Uniformity of Common Prayer and Service in the Church, and the Administration of the Sacraments), (1559) 1 Eliz. 1, c. 2.

[ccxxxv] INCONNU, A chronicler’s overview, ARCHER et DOUGLAS PRICE, préc. note 229, p. 53.

[ccxxxvi] Le texte des articles de 1563 a été reproduit dans C. HARDWICK, préc. note 206, p. 278 à 233.

[ccxxxvii] The Papal Bull against Elizabeth, 1570, ELTON, préc. note 184, document 197, p. 423 à 428.

[ccxxxviii] Les propos de la reine Élisabeth ont été rapportés par son ministre Francis BACON, The Works of Lord Bacon : Philosophical Works, vol. I, Londres, Henry G. Bohn, York Street, 1854, p. 387 (Works Political : Certain Observations upon a Libel).

[ccxxxix] On trouve une description contemporaine du mouvement puritain dans le document Edwin Sandys, bishop of London on the Puritan challenge in the capital : Sandys to Henry Bullinger, 15 August 1573, ARCHER et DOUGLAS PRICE, préc. note 229, p. 823 et 824.

[ccxl] « L'élection est permise à l'Eglise. Car c'est chose tyrannique si un seul constitue des ministres à son appétit. Ainsi, c'est moyen légitime que ceux qui doivent avoir quelque charge publique en l'Eglise soient élus par les voix de tous… et ceci est le juste milieu entre la tyrannie et la licence confuse ; que rien ne se fasse sinon du consentement et approbation du peuple, toutes fois que les pasteurs modèrent et gouvernent, en sorte que leur autorité soit comme une bride pour réprimer les impétuosités du peuple, afin qu'elles ne débordent outre mesure. » J. CALVIN, Commentaire sur les Actes des Apôtres, 1560, Chapitre 6, Paragraphe 3, reproduit par les Éditions Théotex, 2015, p. 266.

[ccxli] Elizabeth’s order for the suppression of prophesyings, 7 May 1577, ARCHER et DOUGLAS PRICE, préc. note 229, p. 841 et 842.

[ccxlii] FIELD, préc. note 148, p. 76 ; A. HAWKYARD, « The House of Commons, 1529-1601 », dans A Short History of Parliament, C. JONES (éd.), préc. note 182, p. 89 et 90.

[ccxliii] Dans un discours aux communes, le député puritain Job Throckmorton exprima toute sa frustration devant l’inertie du parlement : Job Throckmorton’s speech in Parliament on the bill and book, 27 February 1787, ARCHER et DOUGLAS PRICE, préc. note 229, p. 862 à 869.

[ccxliv] H.L. CARLSON, Elizabethan Non-Conformist Texts, Vol. 3 (The Writings of Henry Barrow, 1587-1590), London, Routledge, réimpression 2003, p. 30 à 44.

[ccxlv] Loi contre les sectes séditieuses (An Act For the preventing and avoiding of such great inconveniencies and perils as might happen and grow by the wicked and dangerous practices of seditious sectaries and disloyal persons), 35 Eliz. 1, c. 1.

[ccxlvi] J.L. BLACK (éd.), The Martin Marprelate Tracts : A Modernized and Annotated Edition, Cambridge, Cambridge University Press, 2008.

[ccxlvii] ELTON, préc. note 184, 442 à 448.

[ccxlviii] La Pétition millénaire (Millenary Petition), texte reproduit dans T. FULLER, The Church History of Britain, vol. 5, nouv. éd. par J.S. Brewer, Oxford, Oxford University Press, 1845, p. 305 à 309.

[ccxlix] Un compte-rendu de la conférence tenue de Hampton Court réunissant les archevêques, évêques, le roi et des leaders puritains, a été reproduit dans FULLER, id., p. 266 à 304.

[ccl] Id., p. 297.

[ccli] Id., p. 285.

[cclii] The Holy Bible, Quatercentury Edition, An Exact Reprint in Roman Type, Page for Page and Line for Line of the King James Version, otherwise known as the Authorized Version, published in the Year 1611, Oxford, Oxford University Press, 2010.

[ccliii] J. SUART, The true Law of free monarchies, Édimbourg, Robert Wade imprimeur, 1598.

[ccliv] James I on monarchy : speech to Parliament, 21 March 1610, dans J.P. KENYON (éd.), The Stuart Constitution : Documents and Commentary, 2e éd., Cambridge, Cambridge University Press, 1986, document 4, p. 11 à 13.

[cclv] F.D. WORMUTH, The Royal Prerogative, 1603-1649, Ithaca, Cornell University Press, 1939, p. 93.

[cclvi] M. DUCHEIN, Jacques Ier Stuart, Paris, Fayard, 2003, p. 257, 275 à 277, 285, 290, 293, 294, 381, 431 à 433, 470, 476, 488 et 517.

[cclvii] KENYON, préc. note 254, p. 39 à 42.

[cclviii] DUCHEIN, préc. note 256, p. 344 et 345.

[cclix] A. WOOLRYCH, Britain in Revolution, 1625-1660, Oxford, Oxford University Press, 2002, p. 20 et 21.

[cclx] DUCHEIN, préc. note 256, p. 484 à 499.

[cclxi] DUCHEIN, id., p. 515 à 518.

[cclxii] Roger Manwaring : a sermon preached before the king at Outlands, 4 July 1627, KENYON, préc. note 253, p. 13 et 14. Charles Ier avait nommé Roger Manwering en 1635 pour être son confesseur. Son sermon de sera imprimé sur l’ordre du roi en 1627.

[cclxiii] WOOLRYCH, préc. note 259, p. 50 et 51.

[cclxiv] M. DUCHEIN, Charles Ier, L’honneur et la fidélité, Paris, Éditions Payot & Rivages, 2000, p. 81 à 83, 108 à 110, 139, 140, 143, 144, 150, 180, 214 et 215.

[cclxv] COBBETT, Parliamentary History, préc. note 226, vol. II (1625-1642), p. 35 à 37. Lire également WOOLRYCH, préc. note 259, p. 53.

[cclxvi] R. MONTAGU, Appello Caesarem, London, Humphrey Lownes imprimeur, 1625.

[cclxvii] DUCHEIN, préc., note 264, p. 91 à 93. Lire également la critique du livre de Montagu faite par les évêques Buckeridge de Rochester et Howson d’Oxford, datée du 2 août 1625, reproduite dans KENYON, préc. note 252, p. 136 à 138.

[cclxviii] S. SHEPPARD (éd.), The Selected Writings of Sir Edward Coke, vol. 3, Indiannapolis, Liberty Funds, 2003, p. 1225 à 1288.

[cclxix] Petition of Right, June 2, 1628, id., p. 1288 à 1291. Voir également KENYON, préc. note 254, p. 68 à 71.

[cclxx] Sir Robert Phelips, 22 mars 1628, dans R.C. JOHNSON, M.F. KEELER et AUTRES (éds.), Proceedings in Parliament 1628, vol. 2, New Haven (CT), Yale University Press, 1977-1983, p. 61.

[cclxxi] Lire notamment le discours de John Eliot du 23 janvier, reproduit dans W. NOTESTEIN et F.H. RELF (éds.), Commons Debate for 1629 critically edited, and an Introduction dealing with parliamentary sources for the early Stuarts, Minneapolis, Published by the University of Minnesota, 1921, p. 24 à 28.

[cclxxii] COBBETT, Parliamentary History, vol. II (1625-1642), préc. note 226, p. 487 à 492. Lire également NOTESTEIN et RELF, id., p. 170 à 172.

[cclxxiii] His Majesty’s Declaration to all his Loving Subjects, of the Causes which moved him to Dissolve the last Parliament, 10 March 1629, KENYON, préc. note 254, p. 71 à 73.

[cclxxiv] DUCHEIN, préc., note 264, p. 132 à 144.

[cclxxv] Id., p. 151 à 153. Lire également, du même auteur, 50 années qui ébranlèrent l’Angleterre ; Les deux Révolutions du XVIIe siècle, Paris, Fayard, 2010, p. 80 à 89.

[cclxxvi] JAMES the VI, The Book of Common Prayer and Administration of the Sacrements ; And other Parts of Divine Service For the Use of the Church of Scotland, With A Paragraphe of the Psalms in Metre, Edinburgh, James Watson imprimeur, 1637.

[cclxxvii] COBBETT, Parliamentary History, vol. II (1625-1642), préc. note 226, p. 557.

[cclxxviii] Id., p. 544.

[cclxxix] Id., p. 572.

[cclxxx] The canons of 1640, Concerning the regal power, KENYON, préc. note 254, p. 150 et 151.

[cclxxxi] Committee on Scots Affairs, 5 May 1640, id., p. 433 et 434.

[cclxxxii] Pym’s speech, 7 November 1640, Strafford impeachment, 1640-1, id., p. 189 à 197.

[cclxxxiii] The Grand Remonstrance, 1641, KENYON, id., p. 207 à 217.

[cclxxxiv] The Nineteen Propositions, 1 June 1642, KENYON, id., p. 222 à 226.

[cclxxxv] The King’s Answer to the Nineteen Propositions, 18 June 1642, KENYON, id., p. 18 à 20.

[cclxxxvi] Loi d’exclusion des évêques (The Bishops’ Exclusion Act), (1642) 17 Cha. I, c. 27.

[cclxxxvii] Loi abolissant la monarchie en Angleterre (An Act for the abolishing the kingly office in England and Ireland, and the dominion thereunto belonging), 17 March 1649, KENYON, préc. note 254, p. 306 et 307.

[cclxxxviii] The Interregnum, 1649-60, KENYON, id., p. 305.

[cclxxxix] Loi rétablissant le pouvoir temporel du clergé (An Act for Repeal of an Act of Parliament entitled An Act for disabling all persons in Holy Orders to exercise ant Temporal Jurisdiction or Authority), (1660) 13 Cha. 2, stat. 1, c. 2.

[ccxc] J. MacPHERSON, The History of Great Britain from the Restoration to the Accession of the House of Hanover, vol. 1, 2e éd., London, imprimé par W. Strahan et T. Cadell, 1776, p. 12 à 14.

[ccxci] His Majesty’s Declaration to all his loving subjects, 26 December 1662, KENYON, préc. note 254, p. 379 à 382.

[ccxcii] Loi sur l’uniformité (An Act for the Uniformity of Public Prayers and Administration of Sacraments & other Rites & Ceremonies and for establishing the Form of making ordaining and consecrating Bishops Priests and Deacons in the Church of England), 14 Cha. 2, c.4.

[ccxciii] COBBETT, Parliamentary History, vol. III (1660-1688), préc. note 226, p. 260 à 264.

[ccxciv] Id., p. 264 et 265.

[ccxcv] Declaration of Indulgence, 15 March 1672, KENYON, préc. note 254, p. 382 et 383. Voir aussi A. BROWNING (éd.), English Historical Documents, vol. 6 (1660-1714), London, Eyre & Spottiswoode, 1953, p. 387 et 388.

[ccxcvi] COBBETT, Parliamentary History, vol. III (1660-1688), préc. note 226, p. 526 et s. (protestations des parlementaires), p. 561 (annulation de la proclamation par le roi).

[ccxcvii] Loi sur la mise à l’épreuve (An Act for preventing Dangers which may happen from Popish Recusants), (1673) 26 Cha. 2, c. 2.

[ccxcviii] Loi sur la mise à l’épreuve (An Act for the more effectual preserving the King’s Person and Government by disabling Papists from sitting in either House of Parliament), (1678) 30 Cha. 2, stat. 2.

[ccxcix] Loi sur l’émancipation des catholiques (Roman Catholic Relief Act), (1829) 10 Geo. 4, c. 7.

[ccc] Loi sur l’union avec l’Irlande (Union with Ireland Act), (1800) 39 & 40 Geo. 3, c. 67.

[ccci] MacPHERSON, préc. note 290, p. 184 et 185.

[cccii] COBBETT, Parliamentary History, vol. III (1660-1688), préc. note 226, p. 585, 592, 603, 604 et 608.

[ccciii] Loi sur l’habeas corpus (An Act for the better securing the Liberty of the Subject and for the Prevention of Imprisonments beyond the Seas), 31 Cha. 2, c. 2.

[ccciv] The Exclusion Bill, November 1680, KENYON, préc. note 254, p. 387 à 389 et BROWNING, préc. note 295, p. 113 et 114.

[cccv] COBBETT, Parliamentary History, vol. IV (1660-1688), préc. note 226, p. 1353 et 1354.

[cccvi] MacPHERSON, vol. 1, préc. note 290, p. 403 à 409.

[cccvii] Loi d’attainder (Act of Attainder), (1685) 1 Jac. 2, c. 2. Lire aussi COBBETT, Parliamentary History, vol. IV (1660-1688), préc. note 226, p. 1363.

[cccviii] M. ASHLEY, James II, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1977, p. 186.

[cccix] Declaration of Indulgence, 1687, p. 389.

[cccx] COBBETT, Parliamentary History, vol. IV (1660-1688), préc. note 226, p. 1367 à 1371, 1373, 1377 à 1379, 1385.

[cccxi] Id., p. p. 1386 et 1387.

[cccxii] Id., p. 1387 et 1388.

[cccxiii] Godden v. Hales, (1686) 11 Howell’s State Trials 1166, 89 Eng. Rep. 1050.

[cccxiv] Declaration of Indulgence, 1687, préc. note 312. Voir aussi BROWNING, préc. note 295, p. 395 à 397.

[cccxv] Declaration of Indulgence, 1688, BROWNING, id., p. 399 et 400.

[cccxvi] Order in Council requiring James II’s declaration of indulgence to be read in churches, 1688, BROWNING, id., p. 83.

[cccxvii] Petition of the Seven Bishops, 1688, BROWNING, id., p. 84 ; KENYON, préc. note 254, p. 406 et 407.

[cccxviii] Seven Bishops’ Trial (1688), 12 Howell’s State Trials 183, 87 Eng. Rep. 136.

[cccxix] MacPHERSON, préc. note 290, p. 458 et 467.

[cccxx] Id., p. 450, 451, 455 et 456.

[cccxxi] Letter of invitation to William of Orange, 1688, BROWNING, préc. note 295, p. 120 à 122. On retrouve également reproduit ce document dans E.N. WILLIAMS, The Eighteenth-Century Constitution, Documents and Commentary, Cambridge, Cambridge University Press, 1960, p. 8 à 10.

[cccxxii] MacPHERSON, préc. note 290, p. 482 à 495.

[cccxxiii] Id., p. 458, 459, 471 et 472.

[cccxxiv] The succession question, 1689, WILLIAMS, préc. note 321, p. 20. Lire également la Déclaration des droits (An Act declaring the Rights and Liberties of the Subject and Settling the Succession of the Crown), (1689) 1 Will. & Mar., sess. 2, c. 2.

[cccxxv] Chambre des communes, résolution du lundi 28 janvier 1689 : « [notre traduction] Qu’il soit résolu que le roi Jacques le second, en ayant subverti la Constitution du royaume, en rompant le contrat originel entre le roi et le peuple, en violant les lois fondamentales, et s’étant retiré du royaume, a abdiqué le gouvernement, et que le trône, en conséquence, est devenu vaquant. » COBBETT, Parliamentary History, vol. V (1688-1689), préc. note 226, p. 50. La résolution a été par la suite approuvée par les lords : id., p. 60. Lire aussi MacPHERSON, préc. note 290, p. 503 et 505.

[cccxxvi] DICEY, préc. note 185, p. 24 à 35.

[cccxxvii] Loi sur la suprématie, préc. note 228, art. VIII. Cette loi a été abolie en 1969, sauf l’article VIII, par la Loi sur l’abrogation de statuts (Statute Law Repeals Act), R.-U. 1969, c. 52, Tableau annexé à la Loi, Partie 2.  

[cccxxviii] BOGDANOR, préc. note 230, p. 226 et 227.

[cccxxix] Loi sur la juridiction ecclésiastique (Ecclesiastical Commisssioners Act), aussi connue comme la Loi établissant l’évêché de Manchester (Bishopric of Manchester Act), (1847), 10 & 11 Vict., c. 108.

[cccxxx] Document d’accompagnement du règlement de la Chambre des lords (Companion to Standing Orders of the House of Lords), chapitre 1, art. 1.01.

[cccxxxi] A. Émond, « Le parlement de Westminster : une brève histoire de la démocratie anglaise », (2015) 9 Revue de droit parlementaire et politique 255-289.

[cccxxxii] BOGDANOR, préc. note 230, p. 222.

[cccxxxiii] Loi sur les pouvoirs de l’Assemblée de l’Église d’Angleterre (Church of England Assembly Powers Act), (1919) 9&10 Geo. 5, c. 76.

[cccxxxiv] HOUSE OF COMMONS INFORMATION OFFICE, Church of England Measures, Factsheet L10 Legislation Series, Revised September 2010, p. 3.

[cccxxxv] Loi sur les pouvoirs de l’Assemblée de l’Église d’Angleterre , préc. note 333, art. 4.

[cccxxxvi] BOGDANOR, préc. note 230, p. 223.

[cccxxxvii] HOUSE OF COMMONS INFORMATION OFFICE, préc. note 334, p. 2.

[cccxxxviii] Déclaration des droits, préc. note 322.

[cccxxxix] Loi d’établissement (An Act for the further Limitation of the Crown, and better securing the Rights and Liberties of the Subject), (1701) 12 & 13 Will. 3, c. 2. Lire aussi la Loi sur la succession à la Couronne (Succession to the Crown Act), (1707) 6 Ann., c. 41.

[cccxl] Supra, note 236.

[cccxli] Loi sur le serment de Couronnement (Coronation Oath Act), (1688) 1 Will. & Mar, c. 6.

[cccxlii] W. DAWES, An Exact Account of King George’s Religion : with the manner of his Mjesty’s worship in the English and Lutheran church ; And the First of, The Lutheran Religion. Shewing also, The Difference between them and the Church of England as by Law Establish’d, and the Protestant Dissenters therefrom : With a new prayer for his Majesty : written by the Archbishop of York, London, J. Churchill imprimeur, réimpression à Dublin, 1715.

[cccxliii] Loi sur la tolérance religieuse (An Act for exempting their Majesties’ protestant subjects dissidenting from the Church of England from the penalties of certain laws), 1 Will. & Mar., c. 18.

[cccxliv] Loi sur la succession à la Couronne (Succession to the Crown Act), R.-U. 2013, c. 20.

[cccxlv] Id., art. 2, Appendice, arts. 2 et 3.

[cccxlvi] HOUSE OF COMMONS POLITICAL AND CONSTITUTIONAL REFORM COMMITTEE, Rules of Royal Succession, 11er Rapport de la session 2010-12, Londres, 1 décembre 2011, p. 6 et 7.

[cccxlvii] BOGDANOR, préc. note 230, p. 215.

[cccxlviii] Émond, préc. note 331, p. 274 à 289.

[cccxlix] HOUSE OF COMMONS POLITICAL AND CONSTITUTIONAL REFORM COMMITTEE, Rules of Royal Succession : Governement Response to the Committee’s Eleventh Report of Session 2010-12, 1er Rapport special de la session 2012-13, Londres, 6 septembre 2012, p. 2.

[cccl] T. BLAIR, PRIME MINISTER OF THE UNITED KINGDOM, The House of Lords - Completing the Reform, A Government White Paper Presented to Parliament by the Prime Minister by Command of Her Majesty, Londres, The Stationery Office, novembre 2000, pars. 2 (page 3) et 83 à 85 (page 29).

[cccli]ROYAL COMMISSION ON THE REFORM OF THE HOUSE OF LORDS, A House for the Future, Londres, Janvier 2000, p. 150.

[ccclii]http://webarchive.nationalarchives.gov.uk/.

[cccliii]ROYAL COMMISSION ON THE REFORM OF THE HOUSE OF LORDS, A House for the Future, Londres, Janvier 2000, p. 150 à 159.

[cccliv] BLAIR, préc. note 350, par. 84 (page 29).